Une sortie sexiste vite recadrée, une fin de non-recevoir à CNews … La communication de la nouvelle Secrétaire générale de la CGT irrite bien des médias et met en relief leur narratif sexiste.
« Votre question est très inconvenante ! » sur le plateau de BFM TV ici à 1’50, mardi 4 avril, François Hommeril, Président confédéral de la CFE-CGC recadre l’animateur Yves Calvi. Ce dernier vient de lui demander s’il a « calmé » Sophie Binet. La nouvelle Secrétaire générale de la CGT a annoncé son intention de mettre fin à la rencontre prévue le lendemain entre l’intersyndicale et la Première ministre, si la réforme des retraites n’était pas retirée. Sur le plateau d’Yves Calvi ce soir-là, il n’y a que des hommes, ce qui donne à la question du journaliste un parfum encore plus sexiste. La réponse impeccable de François Hommeril coupe court à l’activation du cliché de la femme, forcément hystérique, qu’il faudrait calmer. L’épisode n’est pas sans rappeler une récente sortie médiatique du ministre de l’Intérieur qui avait été recadré par Apolline de Malherbe sur la même antenne (Lire : Nouvelle sortie sexiste de Gérald Darmanin)
Mais cet épisode montre qu’aujourd’hui encore, beaucoup de journalistes et hommes de pouvoir sont pris de démangeaisons sexistes incontrôlables face à des femmes de pouvoir. Et ils n’ont pas fini de s’énerver !
Car la nouvelle dirigeante syndicale ne compte pas laisser les médias lui dicter le tempo. Elle l’a dit avec un très grand calme au micro de Cnews jeudi 6 avril. Pour la 11e journée de mobilisation contre la réforme des retraites, une journaliste lui pose des questions dans le cortège de l’intersyndicale. Sophie Binet commence à répondre puis, voyant qu’il s’agit de la chaîne de Vincent Bolloré, elle dit « Je ne souhaite pas répondre à CNews. » La journaliste de la chaîne demande alors pourquoi. Réponse : « Parce que je ne vais pas sur vos plateaux » et ajoute « Je m’adresse à tous les médias qui garantissent la liberté d’expression et la pluralité ».
Toute la soirée du 6 avril et au-delà, les journalistes de Cnews se sont offusqués, l’inénarrable Pascal Praud lâchant un « Si jeune et déjà si totalitaire ». Ceci près avoir affirmé avec aplomb que si Sophie Binet avait refusé de répondre c’est qu’elle obéissait à un sbire, homme, et en déduisait qu’elle n’avait pas beaucoup d’autorité (en vidéo ici). Lui qui ne cesse, sur son plateau, de faire des leçons, couper la parole à quiconque n’est pas de son avis et vouloir que les femmes se calment. Un exemple parmi d’autres : face à Claire Nouvian, sidérée par l’ignorance des journalistes, il lui avait demandé -à elle !- de se calmer et elle avait répondu magnifiquement (lire : #JeSuisFolleDeRage, contre le «négationnisme climatique et la misogynie» ).
Plus tard dans la soirée du 6 avril, c’est le journaliste Yoann Usaï, qui lâchera à propos de Sophie Binet : « C’est la preuve que le sectarisme rend bête. Elle est à ce point sectaire qu’elle ne veut débattre qu’avec des personnes qui sont d’accord avec elle… » Télérama écrit avec malice : « Comprendre donc que CNews n’est pas d’accord avec Sophie Binet… On remercie les voix de CNews de le reconnaître enfin. »
Mais boycotter les médias n’est pas une solution satisfaisante. C’est un dilemme que connaissent bien les féministes : boycotter et laisser le combat dans l’invisibilité ou risquer d’être instrumentalisée et laisser les médias dévoyer ce combat. Les médias mainstream étant plus souvent enclins à chercher le buzz qu’à défendre la cause (lire par exemple : Antiféminisme de comptoir adoubé par les médias… énième épisode) et jouent souvent l’inversion de culpabilité en accusant les féministes de terrorisme. (lire par exemple : Encore des relents de haine antiféministe dans la vieille presse et notre rubrique Bruits et Chuchotements )
Pas facile de dicter le tempo face à de riches et puissants médias qui font dominer le narratif antiféministe et ne rendent pas compte de la pluralité des opinions.