
Image : SixSigma (Own work) [CC BY 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by/3.0)], via Wikimedia Commons
Le débat ouvert cet été est loin d’être clos. Des militantes mènent une action contre les violences gynécologiques et obstétricales, à l’occasion du congrès de la profession, qu’elles accusent de « ne pas voir, ne pas entendre, ne pas parler ».
Des voix discordantes se feront entendre, ce mercredi 6 décembre à Lille, à l’occasion du 41ème Congrès du Collège national de la gynécologie obstétrique française (CNGOF). Des « militantes contre les violences gynécologiques et obstétricales » demanderont à être reçues pour s’exprimer devant l’assemblée.
Elles entendent rappeler au Collège « ses manquements et devoirs sur les violences gynéco-obstétricales » et son « incapacité à se remettre en question et à promouvoir le consentement, le respect du droit et des recommandations médicales. »
C’est là le dernier acte à ce jour d’un débat qui fait du bruit depuis l’été. La polémique a commencé en juillet, quand Marlène Schiappa annonçait avoir commandé un rapport sur les violences obstétricales au Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. La secrétaire d’État assurait alors que le taux d’épisiotomie en France est de 75 % « alors que l’OMS préconise d’être normalement autour de 20 à 25 % ». Elle évoquait également « des pratiques obstétricales non consenties, avec particulièrement des violences obstétricales sur les femmes très jeunes, étrangères ou handicapées. »
Le CNGOF l’accusait alors de « salir » la profession et de brandir un chiffre faux. Ce qui n’a pas empêché, en attendant le rapport du HCE, de poser la question des violences obstétricales au cœur du débat public et médiatique.
En première ligne, Marie-Hélène Lahaye qui tient le blog Marie accouche là ; ou encore ce collectif dont la pétition intitulée « Stop aux violences gynécologiques et obstétricales ! » a recueilli à ce jour plus de 40 000 signatures. Des centaines de témoignages de femmes ont afflué sur les réseaux sociaux et dans la presse.
Le texte de la pétition établit un résumé de ces témoignages : depuis le « sentiment de n’être “qu’un bout de viande dont on extrait un bébé“ ». jusqu’à ces « actes douloureux infligés sans qu’elles ne puissent s’y opposer ».
Pour ces femmes qui manifesteront devant le congrès de la profession, « le CNGOF n’a toujours pas pris la mesure de ce qu’éprouvent tant de femmes au cours de leur vie gynécologique : infantilisation, mépris de leur droit à savoir et à décider, jugements de valeur, effets iatrogènes d’actes médicaux aux fondements scientifiques douteux, culpabilisation des victimes, menaces pour imposer des actes, non respect de la loi sur le consentement libre et éclairé pour chaque acte médical, non respect des recommandations scientifiques et médicales, etc. » Elles appellent la profession à « ne plus se comporter comme les trois singes : ne pas voir, ne pas entendre, ne pas parler ».
Au début du mois, le CNGOF a cherché à éteindre les polémiques en annonçant la création d’un « label qualité » pour les maternités, qui verra le jour en 2018. Un label proposé « tardivement, sans aucune concertation ni cadre méthodologique », dénoncent les militantes.
8. Soyons positif : ce communiqué du CNGOF montre à quel point les gynécologues obstétriciens n'ont rien compris aux violences obstétricales et à quel point la lutte pour le respect de la loi, des recommandations médicales et des femmes qui accouchent est pertinent.
— Marie-Hélène Lahaye (@MHLahaye) December 2, 2017