Madeleine Riffaud s’est éteinte dans sa 100ème année. Engagée dans la Résistance à 18 ans, la journaliste et poétesse a été correspondante de guerre au Vietnam et en Algérie. Elle a aussi dénoncé les défaillances du système hospitalier.
Le jour de ses 100 ans, le 23 août dernier, sortait le troisième et dernier tome de Madeleine, résistante (éditions Dupuis). Ce mercredi matin, Madeleine Riffaud est décédée. Sa vie a été une succession de combats.
En 1940, alors qu’elle n’a que 16 ans, elle veut déjà entrer dans la Résistance. Après un séjour de quelques mois en sanatorium en Isère, elle se rend à Paris en 1942, rejoint la Résistance intérieure et grimpe rapidement les échelons dans l’organisation. En 1944, elle intègre les FTP (Francs-tireurs et partisans). Elle abattra un officier allemand sur le pont de Solférino et sera livrée à la Gestapo. Torturée, condamnée à mort, elle parviendra à s’échapper d’un train parti de Paris pour Buchenwald et Ravensbrück.
Elle participera ensuite à l’insurrection parisienne. Elle mènera l’assaut contre un train blindé allemand dans le tunnel des Buttes-Chaumont puis prendra part à la bataille autour de la place de la République. Quand prend fin la libération de Paris, elle veut, comme ses compagnons d’armes, s’engager dans l’armée régulière pour continuer le combat jusqu’en Allemagne. Mais elle est éconduite parce que mineure et tuberculeuse. La guerre est alors terminée pour elle. Traumatisée et en dépression, elle écrit beaucoup. Elle rencontre Paul Eluard qui préface son recueil de poèmes Le Poing fermé, en 1945. Il lui présente Picasso qui la peint. Elle devient journaliste à Ce soir, journal communiste dirigé par Aragon, puis à La Vie ouvrière, le journal de la CGT, avant d’entrer à L’Humanité en 1957.
Journaliste engagée, elle a couvert les grèves nationales de 1947 et celles des mineurs de 1948. En en 1946, avant la première guerre d’Indochine, elle rencontre Hô Chi Minh à Paris et entretient une relation privilégiée avec le leader communiste vietnamien. En 1954, elle part au Viêt-Nam pour surveiller la bonne application des accords de Genève. Elle est se marie avec le poète Nguyên Đình Thi, qui deviendra ministre de la culture de la République démocratique du Vietnam. Mais, les couples mixtes étant interdits par les Chinois qui ont pris le pouvoir en sous-main, elle rentre en France, en 1955.
Madeleine Riffaud intègre le quotidien L’Humanité pour couvrir la guerre d’Algérie. Elle dénonce les rafles qui ont lieu à Paris, la torture des opposants algériens, le massacre du 17 octobre 1961. Elle se rend régulièrement en Algérie, souvent clandestinement pour échapper à l’OAS (Organisation de l’armée secrète) qui l’a condamnée à mort. En 1962, de passage à Oran, elle est victime d’un attentat et passe plusieurs mois sur un lit d’hôpital. Puis, elle retournera plusieurs fois au Vietnam de 1964 à la fin du conflit en 1973 et écrira plusieurs livres comme Dans les maquis vietcong ou Au Nord-Viêt-Nam.
En 1974, marquée par l’hospitalisation et le décès de sa mère, Madeleine décide de dénoncer les conditions de travail du personnel hospitalier en France. Entre deux voyages, elle avait été embauchée sous un faux nom, dans un hôpital parisien comme aide-soignante. Et raconte les défaillances du système hospitalier dans Les Linges de la nuit, paru en1974.
Elle dénonçait encore il y a deux ans « l’état lamentable du secteur de la santé »
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A partir de 1994, Madeleine Riffaud a consacré ses écrits à la mémoire des Résistants morts pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale. En 2010, un documentaire réalisé par Philippe Rostan raconte Les Trois guerres de Madeleine Riffaud. Son histoire est aussi retracée dans une bande dessinée de Dominique Bertail et Jean-David Morvan : Madeleine résistante.