Photos obscènes, menaces de viol, insultes… Ces animatrices de jeux en ligne sont la cible d’un déferlement de haine qu’elles dénoncent une nouvelle fois.
Dans un long témoignage publié lundi 24 octobre sur Twitter, Maghla, décrit un enfer quotidien de cyberviolences sexistes et sexuelles. Maghla est l’une des streameuses – joueuses de jeux vidéo qui partagent et commentent leurs parties face caméra- les plus suivies de France. Sur Twitch, la principale plateforme de diffusion, elle compte 700 000 abonné.es.
Son témoignage décrit un enfer connu des femmes qui s’exposent sur la Toile : une déferlante de messages insultants, de menaces de viol, des photomontages sur des images de films pornos, des centaines de pages où des hommes se montrent en train de se masturber sur des photos d’elle, des scénarios sexuels autour de sa personne sur des forums, « des topics entiers sur un bout de peau qui dépasse ou des trucs qu’ils trouvent hot » écrit-elle.
Son témoignage a été partagé plus de 30 000 fois, et d’autres streameuses et vidéastes françaises ont dénoncé des menaces qui peuvent même déborder au-delà de la toile. Shironamie est allée porter plainte parce qu’elle a été menacée de viol et de mort en direct par téléphone pendant son émission et l’homme qui l’a appelée s’était aussi procuré son adresse.
Mais ces victimes de cyberharcèlement déplorent le manque de soutien des forces de l’ordre. Trixy écrit par exemple : « Quand j’ai été voir la police pour porter plainte concrètement, malgré les 300 “screens” [captures d’écran] et les menaces de mort, c’était pas suffisant. »
Ce n’est pas la première fois que des femmes cyberharcelées alertent. « Ceux qui tombent des nues en apprenant ça alors que ça fait des années qu’on dénonce, vous (ne) mesurez vraiment pas l’ampleur des problèmes que nous causent les hommes (oui je l’ai dit) au quotidien », dénonce Lixiviatio. « Et là vous voyez que la pointe de l’iceberg, ajoute sa consœur BagheraJones. Personnellement, j’ai dû déménager à cause de harcèlement et de “visites” à mon appartement, j’ai développé des angoisses énormes et mes insomnies en sont devenues redoutables.»
La lutte contre cyberharcèlement des femmes ne semble pas être une priorité. Il y a quelques mois, le collectif Stop Fisha le dénonçait
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Début 2021, un pôle spécialisé pour lutter contre la haine en ligne a été créé au sein du parquet de Paris et le grand public peut signaler les comportements et contenus illicites sur la plateforme Pharos depuis 2009. Mais, si le harcèlement raciste ou homophobe est clairement énoncé, la notion de harcèlement sexiste reste peu visible dans la lutte contre le cyberharcèlement.
Le mouvement de dénonciation, démarré cette fois-ci par Maghla, a été cité par beaucoup de médias. Mais aucune réaction de la part des plateformes ou des responsables politiques ne laisse présager une lutte acharnée contre le cyberharcèlement sexuel. Le phénomène s’inscrit dans un contexte de haute tolérance au sexisme.
Comme l’écrit @avamind_ « 99% du temps on dit rien. La honte doit changer de camp. Laissez nous faire notre métier sans craindre les menaces et l’intimidation qui crée de l’insécurité dans notre quotidien. Ça doit changer et ça passe par la sensibilisation et l’éducation. Et oui on doit en parler.»
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