Il a fallu une forte mobilisation pour que Samira reste en France. La préfecture avait décidé d’expulser cette jeune Ivoirienne menacée d’excision si elle retournait dans son pays.
Après plus de 10 jours de mobilisation sur les réseaux sociaux et le soutien de plus de 200 personnalités, Christophe Castaner a décidé samedi de suspendre la procédure d’expulsion de Samira, 10 ans, qui a quitté la Côte d’Ivoire il y a quelques mois, avec ses parents, pour échapper à l’excision. Le ministre de l’Intérieur a expliqué sur Twitter : « Après étude du dossier par le préfet de police et en lien avec ses services, nous avons demandé que la mesure de transfert ne soit pas exécutée. Le droit au séjour de Samira et son père va être réexaminé, compte tenu de leur situation familiale particulière. » Deux jours plus tôt, le préfet de Paris avait pourtant validé la procédure d’expulsion de Samira et son père vers l’Italie, conformément au règlement de Dublin. Ce texte permet de confier la demande d’asile d’un migrant au pays par lequel il est entrée dans l’Union européenne.
Après son départ de la Côte d’Ivoire, Samira est passée par la Libye, avant d’embarquer sur un bateau en direction de l’Europe. La famille a été séparée dès le début du voyage. La mère de Samira a disparu lors de leur périlleuse traversée de la Méditerranée. Secourus par un navire humanitaire, la jeune Ivoirienne et son père ont passé quelques semaines en Italie dans un centre pour migrants. C’est dans ce pays qu’ils ont été enregistrés pour la première fois au sein de l’Union européenne. Ils se sont ensuite installés en France en janvier 2019. Samira est aujourd’hui scolarisée en CM2 dans une école de Seine-et-Marne. Elle fait l’objet d’une procédure d’expulsion depuis le mois d’août.
Forte mobilisation sur Internet
Alerté par la situation de la jeune ivoirienne, l’eurodéputé, Raphaël Glücksmann, a lancé une pétition, intitulée « Samira doit rester en France », il y a quelques jours. Celle-ci a fait l’objet d’une vaste mobilisation puisqu’elle a recueilli plus de 170.000 signatures. Mais cela n’avait pas suffit à convaincre le préfet de Paris, qui avait tout de même décidé, le 7 novembre, d’expulser Samira et son père du territoire français. Ils devaient prendre un avion en direction de Venise, mardi 12 novembre, à 10h10.
Face à cette décision, les soutiens de Samira se sont à nouveau mobilisés. Près de 200 personnalités ont apporté leur soutien en signant, samedi, une lettre ouverte adressée au Président de la République . « Monsieur le Président, notre France n’expulse pas une fillette de 10 ans au milieu de l’année scolaire, notre France respecte la convention internationale sur les droits de l’enfant, notre France s’enorgueillit de ces trois mots – liberté, égalité, fraternité – qui trônent sur les frontons de ses mairies et se rappelle avoir un jour proclamé que tous les hommes naissaient libres et égaux en droits. ». La très forte mobilisation en ligne et sur les réseaux sociaux a fini par faire réagir le ministre de l’Intérieur, qui a demandé à ce que la procédure d’expulsion soit suspendue. Mais le combat n’est pas terminé. Cette suspension ne garantit pas à Samira et son père de rester sur le territoire français. Pour le moment, la famille ne sait pas si elle recevra un titre de séjour l’autorisant à vivre en France. Le futur de Samira reste donc très incertain. Si elle retourne dans son pays, elle court le risque de s’ajouter aux 200 millions de filles et de femmes excisées dans le monde. Parmi elles, 44 millions ont moins de 15 ans. Pour celles qui ne meurent pas d’infection ou d’hémorragies, l’opération se faisant généralement sans anesthésie et avec des ustensiles tranchant non-stérilisés, l’excision les condamne souvent à une vie de souffrance à la fois physique et psychologique.
Nina Villaume
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