Marie Cervetti, l’une des celles et ceux qui s’élevaient contre la nomination de Roman Polanski à la présidence des César, salue le succès de la mobilisation, signe que « la société a avancé sur la conscience des violences faites aux femmes ».
Roman Polanski ne présidera pas la 42ème cérémonie des César, la grand-messe du cinéma français. Six jours seulement après avoir été désigné par l’Académie des César, et face au tollé, le réalisateur a jeté l’éponge. Son avocat l’a annoncé à l’AFP mardi 24 janvier, tout en dénonçant une polémique « injustifiée ».
Le choix de l’Académie des César avait provoqué une déferlante de réactions indignées. Pour dénoncer la mise à l’honneur d’un homme qui s’est soustrait à la justice après avoir, il y a 40 ans, été accusé du viol d’une jeune fille de 13 ans.
Voir : Polanski président : le mauvais scénario des César
« C’était une décision pire que consternante : révoltante, obscène », commente Marie Cervetti. La directrice du Centre d’Hébergement et de Réinsertion sociale de l’association ‘FIT-Une femme, un toit’, qui accueille des femmes victimes de violences, voit aujourd’hui dans la renonciation de Roman Polanski « une victoire absolument formidable pour les mouvements féministes ».
Marie Cervetti devait participer, mercredi 25 janvier, à un rassemblement devant le Fouquet’s, où l’Académie des César annoncera les nominations de son édition 2017. Une manifestation annulée suite à la décision de Roman Polanski. Une pétition réclamant que le réalisateur soit destitué de son rôle de président de cérémonie a recueilli plus de 60 000 signatures. L’Académie des César, depuis six jours, n’a pas souhaité réagir à la polémique.
Pour Marie Cervetti, « l’Académie des César a montré son incapacité à comprendre que la société a avancé sur la conscience des violences faites aux femmes », et la mobilisation contre son choix a au contraire « démontré que les violeurs, les agresseurs sexuels, les pédo-criminels, ont face à eux une réponse des mouvements qui accompagnent cette évolution de la société ».
« Clairement, on avance »
La militante salue l’intervention de Laurence Rossignol, qui dénonçait vendredi 20 janvier une décision « choquante », participant de la « culture du viol ». [Mise à jour] La ministre des Droits des femmes a d’ailleurs renchéri ce mardi :
https://twitter.com/laurossignol/status/823859411018010626
« C’est une voix qui n’a pas dû plaire à Polanski et à l’Académie, et cela témoigne de l’importance d’avoir un ministère des Droits des femmes », note Marie Cervetti. Tout en regrettant que de nombreuses autres voix, dans le milieu du cinéma, ou encore celle l’ancienne ministre de la Culture Aurélie Filipetti, aient défendu le réalisateur et le choix de l’Académie des César.
« Il reste un décalage entre la société civile, qui a beaucoup avancé sur cette prise de conscience, et des pouvoirs médiatiques et politiques qui continuent allègrement à faire preuve d’empathie à l’égard des agresseurs. Oui, Polanski est un artiste dont on ne peut nier que son travail est brillant, mais ça ne peut en rien l’exempter de répondre devant la justice ».
Mais Marie Cervetti se montre résolument optimiste. « Cette catégorie de personnes, dans quelques années, seront des dinosaures. Ce qui m’enthousiasme, c’est de me rendre compte à quel point les mentalités évoluent face aux violences faites aux femmes – et aux enfants, car n’oublions pas qu’on parle d’une fille de 13 ans. On constate aussi que de plus en plus de femmes portent plainte. Clairement, on avance. Il y a une conscientisation qui se fait à pas de fourmi, mais qui se fait. »