Six nouvelles stations de métro sont sur le point d’être inaugurées. L’une d’elles fait polémique : « Serge Gainsbourg » aux Lilas. Une pétition a été lancée pour dénoncer ce choix qui dérange.

« Cette décision de rendre hommage à Gainsbourg est un crachat à la figure des victimes » déclarent les signataires de la pétition visant à faire annuler ce projet de station de métro portant le nom du musicien. Pour rappel : depuis 2016, des travaux sont lancés pour le prolongement de la ligne 11 du métro parisien. Six nouvelles stations vont ouvrir lors du premier semestre de 2024. Celle qui fait polémique ? La station des Lilas. Un clin d’œil à la célèbre chanson “Le poinçonneur des Lilas” de Gainsbourg, sortie en 1959. Décision commune de la RATP, du réseau Île-de-France Mobilités et d’élus locaux, le projet de station Serge Gainsbourg a été annoncé il y a quelques mois. Mais à la fin du mois de novembre, l’affichage de l’inauguration dans les rames de métro a lancé la polémique.
Pourquoi certain.e.s s’opposent à cette annonce ? « Les violences envers les femmes et les tendances pédocriminelles, voire incestueuses, de Serge Gainsbourg (pour ne citer qu’elles) sont de notoriété publique, et nous sommes révolté.e.s que sa personne soit mise à l’honneur dans le métro de Paris » dénonce une pétition qui circule depuis le 26 novembre 2023. Autant nommer des stations Polanski ou Matzneff, s’insurgent les signataires. C’est, encore une fois, la question « faut-il séparer l’homme de l’artiste ? » qui est posée…
Or, celles et ceux qui s’opposent à cet hommage à Gainsbourg prennent les réalisations de ce dernier comme matière première afin de justifier leur indignation. Par exemple : « Dans son titre « Lemon Incest », sorti en 1984, Gainsbourg chante et fait chanter son fantasme incestueux à sa fille Charlotte, alors âgée de 12 ans. Dans le clip de cette chanson tout en « jeux de mots », il est torse nu, allongé sur un lit avec sa fille en T-shirt et culotte ». Les exemples comme celui-ci, tirés de sa discographie et filmographie, sont pléthores. Si le contenu de ses textes ne peut être associé à des actions réelles, « l’oeuvre [de Gainsbourg] contribue à créer un climat présentant l’inceste comme une relation d’amour, sensuelle et désirable » dénonce la pétition. Autre argument brandi par les signataires : les violences subies par Jane Birkin lorsqu’elle est en couple avec lui, de 1968 à 1981. L’illustratrice @Ludynamite résume la situation dans un post Instagram.
Ce sont autant de raisons qui poussent les signataires de la pétition à s’opposer à cet hommage : « En 2023, plus de trente ans après sa mort et alors que ses agissements sont connus de tous, c’est Serge Gainsbourg qui est choisi pour être mis à l’honneur sur les plans de métro de Paris. Quel message cette décision d’inscrire son nom dans l’espace public envoie-t-elle ? ». Les signataires préfèrent se tourner vers d’autres alternatives : « Il serait bon de pouvoir glorifier et mettre en avant, dans nos villes, d’autres hommes que ceux ayant, en plus du palmarès décrit ci-dessus, chanté des féminicides sadiques et des viols incestueux ». En ce 14 décembre 2023, la pétition a récolté plus de 10 000 signatures.
Lire aussi dans Les Nouvelles News
JANE BIRKIN : DES HOMMAGES MAGNIFIQUES ET DES ÉCLIPSES
DES HOMMES ET QUELQUES SAINTES : LES NOMS DE RUES EN EUROPE
« PARIS FÉMININ » : L’ESPACE PUBLIC SANS FEMMES