Un tiers des vidéos les plus vues sur YouTube présentent une image dégradante des femmes indique une étude pilotée par la Fondation des femmes qui réclame une régulation des contenus.
« Internet est le lieu de tous les dangers pour les femmes. L’accumulation d’images stéréotypées et dégradantes fait le lit des violences. » Sylvie Pierre-Brossolette, qui avait engagé une première étude au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) en 2018, ne tourne pas autour du pot en présentant le rapport intitulé « Numérique : le sexisme en liberté » réalisé cette fois-ci par des élèves de Sciences Po avec la Fondation des femmes.
L’étude devait mesurer le sexisme infusé dans les -jeunes- têtes via Internet et en particulier via YouTube, la plateforme la plus consultée par les 15-24 ans. Les 200 contenus les plus visionnés, en France, -100 en 2019 et 100 en 2020- ont été passés au crible. Beaucoup de clips musicaux mais aussi des tutoriels, vidéos d’humour ou de sport… Et cela fait peur.
Dans près de 70% de ces vidéos, les personnages « demeurent éminemment stéréotypés » dit le rapport. Pour les hommes les archétypes qui reviennent le plus souvent sont « l’hyper-viril », « le protecteur » ou « le sportif » et pour les femmes, pas de sportives mais « sentimentale », « poupée », « séductrice » ou « hystérique ». La fondation souligne une sexualisation des personnages dans 21% des vidéos. Et dans 100 % des cas, c’est la femme qui est sexualisée. Autant de plans suggestifs et « mouvements érotiques » ou poses lascives qui « renforcent l’image de la femme-objet ».
Et ça ne s’est pas arrangé avec le temps et encore moins avec la crise sanitaire. Les contenus sur YouTube présentant une image dégradante des femmes sont passés de 15,5% en 2017 et 2018, selon l’étude du CSA, à 34,7% en 2019 et 2020
«L’omniprésence de ces stéréotypes de genre est particulièrement problématique, d’autant plus que ces représentations sont en hausse. Alors que 62,4% des contenus sont stéréotypés en 2019, 74,7% le sont en 2020 » souligne Clara Lopez, l’une des trois étudiantes de SciencesPo ayant réalisé l’étude.
Misogynie, violences faites aux femmes se banalisent tranquillement sur la Toile avec un clip dont « le personnage principal masculin chante à côté des cadavres emballés de bâche blanche de son ex-compagne et de son amant ». Séquence culture du viol : « le chanteur évoque le fait d’alcooliser une femme pour avoir des relations sexuelles avec elle »
Pour lutter contre ce « sexisme en liberté » sur la Toile, le rapport préconise tout d’abord d’élargir à Internet les prérogatives du CSA qui doit lutter, « contre les discriminations et les appels à la haine ou à la violence » dans les médias. Deuxième piste : l’éga-conditionalité des aides à la création, la production, la distribution, la diffusion et la promotion d’œuvres cinématographiques, audiovisuelles et musicales. La fondation appelle aussi à élargir la responsabilité des GAFAM, hébergeurs et diffuseurs de contenu en modifiant les lois sur l’économie numérique afin d’endiguer les flots de sexisme jetés sur Internet.
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