Ils sont dans tous les médias pour dire comment relever les grands défis économiques… sans se soucier de la moitié féminine de l’humanité.
« Que pensez-vous des inégalités hommes femmes ?…» La question lue par Nicolas Demorand lors de la matinale de France Inter jeudi 24 juin s’adresse à Jean Tirole et Olivier Blanchard. Ils ont remis la veille au président de la République leur rapport de plus de 500 pages intitulé « Les grands défis économiques ». Et, sans surprise, la question a été éludée.
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« C’est un sujet qu’on n’a pas traité » répondent les grands économistes, prix Nobel pour l’un des deux. Mais c’est un sujet important « il faut y travailler » disent-ils… Que ne l’ont-ils fait dans ce rapport alors que depuis la crise sanitaire, les appels à un plan de relance féministe se multiplient ? Lea Salamé à bien tenté de les relancer sur le sujet mais « On a conclu que le truc le plus important c’était l’accès au bon boulot ». Comment ? Sans se préoccuper du financement de la production de bien-être indispensable à l’économie ? Une production de bien-être réalisée gratuitement très majoritairement par les femmes au détriment de leur accès aux « bons boulots », de leur accès aux bons salaires et, corollaire de ces salaires, au versement de cotisations qui pourraient améliorer les comptes de la sécurité sociale ou les caisses de retraite par exemple…
Mais ce rapport est globalement applaudi dans la presse, qui n’a toujours pas l’habitude d’intégrer la perspective de genre dans ses analyses. Les trois piliers du rapport sont le climat, les inégalités et la démographie mais la commission d’experts passe tranquillement à côté de l’inégalité économique la plus énorme, structurelle, systémique : l’inégalité entre les femmes et les hommes.
Agnes Arcier, présidente de la Fédération Femmes Administrateurs le déplore sur LinkedIn, : ce rapport « n’évoque pas l’effet d’entraînement sur la croissance d’une juste participation des femmes à l’économie. » Elle interroge :
« Se projeter vers l’avenir, faire face aux défis, telle est l’ambition de ce rapport pour la France. Mais doit-on le faire en évacuant complètement la question de la participation des femmes à l’économie ? Et leur rôle majeur pour la croissance économique ? Doit-on construire le futur en ne mentionnant nulle part l’existence d’inégalités de revenus ou sociales concernant les femmes ? En n’évoquant le genre que pour souligner qu’il peut influer sur une différence d’espérance de vie à prendre en compte dans un système de retraite ?
Peut-on oublier à quel point la résilience du pays a tenu grâce aux femmes pendant toute cette pandémie, et réfléchir à l’économie comme si elles étaient uniquement des hommes comme les autres, sans différences de comportement et d’engagement ?
A-t-on si peur d’impliquer davantage les femmes dans l’économie qu’il soit nécessaire d’oublier et de cacher que si autant de femmes que d’hommes travaillaient ou montaient leur entreprise, la France gagnerait 0,4 % de croissance annuelle supplémentaire (selon l’OCDE) ? »
Doit-on en déduire que diriger des mesures vers les femmes n’apparaît pas utile, car cela les mettrait trop en situation de faire la différence ? »
Le rapport Tirole-Blanchard fait pire que la commission réunie par Nicolas Sarkozy en 2008 autour de trois hommes : les prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz et Amartya Sen, et le président de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) Jean-Paul Fitoussi. Ces économistes proposaient des indicateurs de richesse alternatifs au PIB qui tenaient compte de la production de bien-être. Leurs propositions étaient timides et n’ont pas été vraiment entendues mais elles ont au moins été formulées.
Depuis, les recherches sur des économies féministes et expériences de gouvernance économique féministe n’ont pas manqué, comme en Nouvelle Zélande.
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