En décorant un homme qui se revendique antiféministe, quel signal veut envoyer Emmanuel Macron, le président qui a fait de l’égalité femmes-hommes la grande cause de ses quinquennats ?
Peut-on être un président de la République qui fait de l’égalité femmes-hommes la grande cause de ses deux quinquennats et accorder beaucoup d’honneur à des misogynes ? L’Elysée répond oui !
Ce mardi 9 avril, Le Nouvel Obs annonce qu’Emmanuel Macron va lui-même, « remettre à Michel Sardou, le « chanteur de 77 ans ses décorations de Grand Officier de l’ordre national du Mérite lors d’une cérémonie prévue en juin, à l’Elysée. »
Après avoir affirmé que Gérard Depardieu rendait « fière la France » et multiplié les coups de menton virils, voici qu’il tient à honorer lui-même Michel Sardou…
Le Nouvel Obs explique que le président de la République était chafouin parce que, en mars 2021, il s’était fait « voler la vedette par Roselyne Bachelot ». Alors ministre de la Culture, elle « avait remis à Michel Sardou les insignes de commandeur de la Légion d’honneur, en petit comité, rue de Valois. » Emmanuel Macron remettra les insignes de Grand Officier. C’est qu’on ne plaisante pas avec les médailles au château !
« Le mal-être masculin » !
Mais ce n’est pas la seule explication de ce geste présidentiel. Et l’explication suivante a de quoi faire trembler. Le Nouvel Obs explique qu’un « lobby Sardou » à l’Elysée est composé des principaux conseillers du président. Un entourage plein de dévotion pour le chanteur qui aurait affirmé « Michel Sardou chante un personnage, ce n’est pas lui. Et il a su diagnostiquer, des décennies avant Michel Houellebecq, le mal-être masculin dans ses textes. »
Le mal-être masculin ? Pour les plus jeunes, rappelons qu’au détour d’un des tubes chanté par Sardou depuis 1973, « les villes de grande solitude », on peut entendre « j’ai envie de violer les femmes, de les forcer à m’admirer », que son titre « femmes des années 80 » est pour le moins ambiguë. Quant au titre « je suis pour » (la peine de mort), on a beau savoir qu’il y a une part de fiction dans une chanson, il y a quand même un hiatus avec les hommages vibrants rendus par le président de la République à Robert Badinter, l’homme qui a fait abolir la peine de mort.
Le féminisme « l’emmerde »
Et puis Michel Sardou, quand il ne chante pas ce qui peut être présenté comme fiction, ne cesse de crier sur toutes les ondes que le féminisme « l’emmerde ». En septembre dernier, le chanteur confirmait au micro de BFM TV : « Je déteste le féminisme, je déteste le wokisme, je hais ce siècle. Je hais tout. » Il affirmait que le mouvement MeToo « c’est dangereux ». « À force de dire que les hommes sont des massacreurs… Il ne faut pas charrier ! »…
Et en mars dernier, avant de chanter « Je vais t’aimer », il déplorait le fait qu’il s’agisse d’ « une chanson qu’on ne pourrait plus écrire aujourd’hui ». Avant de développer : « Un jeune homme qui pose sa main sans son consentement sur la main d’une femme, c’est garde à vue direct. S’il a l’audace de vouloir poser sa main ailleurs, là, c’est Fleury-Mérogis ! J’en ai bien profité mais pour les jeunes de maintenant, ça ne va pas être de la tarte ». Puis il dédiait sa chanson à la députée Sandrine Rousseau, une de ses cibles préférées. Laquelle lui répondait ironiquement sur les réseaux sociaux « moi aussi je t’aime » préférant profiter de l’occasion de s’exprimer dans les médias pour parler du dérèglement climatique. Une urgence que des hommes influents de la génération de Sardou ont ignorée.
Quand la chanteuse Juliette Armanet a osé dire qu’elle n’aimait pas « les lacs du Conémara » et l’imaginaire « de droite » charrié par le titre, en août dernier, ça a mis le feu dans les médias. La droite de la droite était en ébulition. Eric Ciotti volant au secours de Michel Sardou (qui n’en demandait pas tant). Beaucoup voient dans le geste présidentiel une façon de compenser une probable ouverture des JO en chanson par Aya Nakamura. L’annonce de cette éventualité avait mis la droite de la droite dans tous ses états. (lire : L’affaire Aya Nakamura aux JO illustre la fabrique de la haine)
Il n’empêche : un artiste influent antiféministe et climatosceptique décoré par le Président de la République… Que faut-il voir dans le geste d’Emmanuel Macron ?
Un geste qui n’est pas isolé puisque l’animateur de Télévision Thierry Ardisson doit recevoir des mains du président de la République une médaille jeudi 11 avril. Et on ne compte plus les sorties sexistes de celui qui, notamment, faisait rire son plateau quand Tristane Banon racontait l’agression sexuelle qu’elle avait subie de la part de Dominique Strauss-Kahn. (Lire : l’affaire DSK et l’omerta sur les violences sexuelles)
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