Les hommes plus victimes d’infarctus, les femmes dépressives et touchées par l’ostéoporose… Les diagnostics stéréotypés ont la vie dure, même dans le milieu médical. Pour les combattre, un groupe de travail de l’Inserm prescrit l’usage des études de genre.
Des diagnostics médicaux biaisés. En fonction du genre de leur patient.e, les médecins peuvent délivrer un mauvais traitement. Ce qui n’est pas sans conséquence sur l’état de santé, et ce n’est peut-être pas sans raison que les Françaises vivent plus longtemps… en mauvaise santé.
« Le poids des représentations sociales s’avère être un facteur de risques majeurs et d’inégalité tant pour la santé des femmes que pour celle des hommes ». Il faut donc agir. C’est ce qu’explique la note du nouveau groupe de travail « Genre et recherche en santé », composé de Catherine Vidal, Mylène Botbol, Catherine Bourgain et Jennifer Merchant, adressée mardi 17 juin au Comité d’éthique de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale). Leur but ? Attirer l’attention du milieu scientifique et médical sur les bénéfices des études du genre dans la recherche.
Des tranquillisants prescris pour les troubles cardiaques
Les maladies ne se manifestent pas de la même manière que l’on soit homme ou femme. Or les recherches médicales se font principalement sur des hommes. Et ces erreurs d’évaluation des médecins ne sont pas sans danger pour la santé des individus. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’infarctus est la première cause de mortalité chez les femmes dans le monde. Or « elle a été longtemps sous-diagnostiquée chez les femmes par le corps médical qui voyait l’infarctus comme une maladie « masculine », caractéristique des hommes d’âge moyen stressés au travail », expliquent les chercheuses. Les femmes se plaignant de fatigue et d’essoufflement se sont vues prescrire des tranquillisants, « passant ainsi à coté du diagnostic de trouble cardiaque ». Cela n’explique pas tous les décès mais ce facteur n’est pas à négliger.
Même problème concernant les maladies psychiques ou l’ostéoporose. Ainsi, les femmes sont plus vite catégorisées comme sujettes à la dépression. Mais si ce n’était qu’une affaire de critères ? La question se pose de plus en plus.
La maladie d’ostéoporose a été considérée comme ‘féminine’ jusqu’en 1990 « car associée à la ménopause et aux traitements hormonaux de substitution. Depuis, la mise en cause de ces traitements dans la prévention de l’ostéoporose chez les femmes, a conduit à reconsidérer la pathologie et à établir des scores de densité osseuse pour les hommes au même titre que ceux définis pour les femmes », expliquent les chercheuses.
Une méconnaissance médicale qui doit changer
Les mauvaises interprétations médicales relèvent de la méconnaissance. Le nouveau groupe de travail veut sensibiliser la profession et le grand public à ces problèmes encore peu connus en France : « Le prisme du genre dans les pratiques et les recherches en santé constitue une innovation dans le champ de la médecine et de la recherche bio-médicale ainsi que dans ses aspects éthiques et sociaux. Il permet d’avoir un regard plus précis au bénéfice de la santé publique et des résultats de la recherche. »
Depuis 2011, le CNRS (Centre national de recherche scientifique) entreprend un recensement de l’ensemble des recherches sur le genre. Seuls 12 chercheurs/ses de l’Inserm ont été répertoriés. A titre comparatif, les Etats-Unis s’y intéressent depuis les années 80. Résultat : des associations se sont créées – comme l’Association pour la recherche dans la santé des femmes en 1990 –, des lois ont été votées et les femmes sous contraceptif sont désormais intégrées dans les essais cliniques.