
Portrait officiel
Misogynie, racisme, violence de la part de ceux qui refusent qu’une femme noire soit vice-présidente des Etats-Unis. Kamala Harris a été quatre fois plus attaquée que ses adversaires.
Bien avant que Joe Biden, devenu président des Etats-Unis ne l’ait choisie comme vice-présidente (en mars 2020), Kamala Harris était la cible d’attaques et de désinformation généralisée en ligne. Lorsqu’elle est entrée en campagne, les insultes racistes, sexistes, fausses informations ont continué de plus belle. Au point qu’une étude de l’observatoire des médias Zignal Labs indiquait en octobre dernier que la candidate avait déjà fait l’objet de quatre fois plus d’attaques que les hommes blancs qui étaient en campagne pour le même poste. Et son élection n’a pas calmé les ardeurs des furieux du net.
Bien-sûr, les attaques se concentrent sur ce qu’elle est, une femme de couleur, et non sur ce que dit ou sur les idées que défend Kamala Harris. « Les attaques envers les femmes sont très personnalisés, elles portent sur leur apparence et dénigrent leur intelligence. Elles suggèrent souvent que ces femmes doivent quitter la politique et qu’elles n’ont pas leur place dans l’espace public » déclare dans le Los Angeles Times Cécile Guérin, chercheuse, à Londres, à l’Institut pour le dialogue stratégique. Les femmes politiques américaines sont deux à trois fois plus victimes d’attaques en ligne que les hommes a-t-elle compté. Cécile Guérin note l’effet dissuasif de ces insultes : « cela décourage certainement les femmes de s’engager dans la politique » dit-elle.
De son côté la chercheuse Nina Jankowicz a analysé plus de 300 000 messages attaquant 13 politicien.nes dans quatre pays anglophones, quelques mois avant l’élection américaine. Kamala Harris était de loin la femme politique la plus ciblée. Derrière elle, d’autres femmes de couleur comme les représentantes démocrates Alexandria Ocasio-Cortez et Ilhan Omar. Les femmes blanches plus âgées, comme la sénatrice Susan Collins, étaient ciblées aussi mais bien moins que les femmes de couleur.
Nina Jankowicz donne quelques exemples d’attaques : Kamala Harris aurait couché pour arriver au sommet, elle aurait un plan secret pour voler l’autorité de Biden. Elle ne serait « pas suffisamment noire ou indienne en raison de son métissage » mais elle « ne devrait pas pouvoir légalement occuper le poste de vice-présidente car ses parents étaient des immigrés ». Et, tant qu’on y est, elle serait secrètement un homme. Nina Jankowicz souligne les raisonnements misogynes tordus : « Comme il est impossible qu’une femme soit en position de pouvoir, il doit nécessairement y avoir quelque chose de pas net : par exemple, il s’agit en fait d’un homme déguisé. »
Les dirigeants de réseaux sociaux ne parviennent pas à endiguer ces insultes. Le Los Angeles Times rapporte que, dès mars 2020, la députée démocrate Jackie Speier avait mis en garde les responsables de Facebook et rencontré notamment Sheryl Sandberg, directrice des opérations. Une femme très engagée pour la promotion des femmes (voir : VIOLENCES SEXUELLES : « C’EST LE POUVOIR, IMBÉCILE »). Jackie Speier déclarait : « Les femmes politiques sont la cible des pires attaques en ligne et les filtres de Facebook sont incapables de les arrêter. » Une prémonition qui s’est révélée exacte. Facebook et d’autres réseaux sociaux disent faire de leur mieux pour détecter et supprimer ces contenus irrespectueux, mais certains messages ou commentaires, codés ou sarcastiques, échappent aux filtres de l’intelligence artificielle.