Le Président de la République a convaincu les militant⋅e⋅s féministes par son discours contre le sexisme. Pas par les moyens pour guérir « notre société toute entière qui est malade du sexisme ».
Samedi 25 novembre, journée contre les violences faites aux femmes, le président de la République a lancé la grande cause du quinquennat : l’égalité femmes-hommes. L’occasion de prononcer un discours fort. Les militant⋅e⋅s attendaient depuis longtemps qu’un tel discours vienne du plus haut sommet de l’État. Si la France avait déjà décrété discrètement « grande cause nationale » l’année 2010 contre les violences faites aux femmes, cette fois-ci, il s’agit d’un quinquennat tout entier.
Pour présenter cette « grande cause », Emmanuel Macron a repris la terminologie et les idées féministes : « faire changer la honte de camp », mener le « combat culturel contre le sexisme » en interpellant les industries de la mode, de la culture ou de la publicité. Il a évoqué la pornographie, le cyberharcèlement et s’est tourné vers le CSA pour contrôler ce qui est diffusé. Puis, instant solennel, il a fait respecter une minute de silence pour les 123 femmes mortes sous les coups de leur compagnon en 2016. « C’est notre société toute entière qui est malade du sexisme »,a-t-il déclaré. Il a aussi regretté que de nombreuses femmes restent « dans le camp de la honte ».
Combat culturel
Ses « trois priorités » pour les cinq prochaines années : « l’éducation et le combat culturel en faveur de l’égalité », un « meilleur accompagnement des victimes » et un « renforcement de l’arsenal répressif ».
Emmanuel Macron a insisté sur l’éducation dès le plus jeune âge. Il veut que les professionnels de la petite enfance soient formés pour lutter contre les représentations sexistes. A l’école, il promet la mise en place, dès 2018, d’un « module d’enseignement » dans les écoles du service public consacré « à la prévention et à la lutte contre le sexisme, le harcèlement et les violences » faites aux femmes.
Pour punir le harcèlement de rue, Emmanuel Macron a confirmé la création d’un « délit d’outrage sexiste » qui sera « verbalisable immédiatement pour un montant dissuasif ». Pour venir en aide aux femmes ayant subi des violences , il souhaite créer, en 2018, des « unités spécialisées dans la prise en charge globale du psychotrauma » dans les centres hospitaliers. Il prévoit la création de dix unités en France métropolitaine à titre pilote » et précise que les soins psychotraumatiques « pourront être pris en charge par la sécurité sociale ».
Quintes de toux
Avant le discours du président plusieurs personnalités avaient pris la parole, avec quelques fausses notes. Après la présentation de la grande cause par Marlène Schiappa, Secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, la prise de parole du médecin urgentiste Patrick Pelloux a suscité des quintes de toux dans la grande salle du palais de l’Elysée. Il serait – conditionnel – visé par deux accusations de harcèlement sexuel.
Le ministre de l’Éducation nationale, pourtant très concerné par cette grande cause, a voulu être bref. Jean-Michel Blanquer n’a pas prononcé le mot « égalité ». Trois sujets importent à ses yeux : respect d’autrui, lutte contre les violences faites aux femmes « qui sera faite en lien avec les associations »… et parentalité ( sujet qui dépasse la lutte contre le sexisme : il veut organiser des réunions en petit groupe avec les parents pour leur transmettre la « mallette des parents »). Puis il a affirmé qu’un problème récent l’inquiétait : la non scolarisation de petites filles et le fait qu’il ne voit que des pères à la sortie de certaines écoles. Une posture qui rappelle le fréquent discours « c’est pas nous, c’est eux », bien pratique quand on veut mettre le sexisme sur le dos des seuls immigrés. En tout cas, le sujet ne semble pas être une priorité du ministre.
Côté moyens mis à disposition de la cause par l’État, rien de nouveau. les associations qui réclamaient le déblocage de financements supplémentaires n’auront pas été entendues. Les Nouvelles NEWS décortiquaient les chiffres il y a quelques jours : 115 millions en plus pour l’égalité femmes/hommes ? Pas vraiment.
Une faiblesse de moyens qui a de quoi irriter quand on lit dans le JDD au lendemain de cette journée de grande cause nationale que le ministre des Comptes publics va « mobiliser 1,5 milliards d’euros sur cinq ans pour former les agents publics »… Et il ne s’agit pas des enseignants, magistrats, policiers,agents hospitaliers qui auraient beaucoup à faire pour guérir la France du sexisme. Il s’agit seulement des agents qui vont accompagner la simplification administrative. Rien à voir avec le sexisme, donc.
Le manque de moyens, c’est ce que déplorent des militant⋅e⋅s pourtant satisfait⋅e⋅s de voir le Président de la République s’attaquer au sexisme. Elles défilaient dans les rues de plusieurs villes, le samedi 25 novembre après-midi, après le discours à l’Élysée. La question des moyens de lutter contre les violences faites aux femmes n’était pas absente des manifestations. Un mot-dièse #PasauRDV critique les annonces sans budget. Ces critiques font l’objet de vifs échanges sur les réseaux sociaux entre la militante féministe Caroline de Haas, Marlène Schiappa et leurs soutiens respectifs.
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