Pari réussi pour Anne-Charlotte Husson et Thomas Mathieu qui publient Le Féminisme. Une BD ludique retraçant l’histoire du féminisme d’Olympe de Gouges au black feminism, en passant par l’intersectionnalité ou le slut-shaming. Même Christine Boutin y a pris goût…
C’est une bande dessinée dont on ne décroche pas d’une bulle. Les yeux rivés sur le papier, que l’on soit féministe aguerrie ou simple curieux/euse, Le Féminisme comblera les appétits. Née de la rencontre entre le dessinateur Thomas Mathieu, auteur de Projet Crocodiles, et de la chercheure Anne-Charlotte Husson, créatrice du blog Ça fait genre, cette BD se veut avant tout pédagogique.
Onzième tome de la ‘Petite Bédéthèque des Savoirs’, collection de vulgarisation en bande dessinée, il s’agit ici de toucher un public large. « Je me suis aperçue qu’il n’y avait pas de livre facilement accessible qui explique les bases de ce qu’on entend par féminisme », raconte Anne-Charlotte Husson aux Nouvelles NEWS. « Ma cible est avant tout des gens qui sont intéressés par le sujet mais qui sont peu renseignés. Les féministes bien informées auront matière à réflexion également, mais cette collection est censée être accessible à partir de 14 ans », précise-t-elle.
Un public large donc. Mais la linguiste ne pensait sûrement pas qu’elle arriverait à ratisser jusqu’à… Christine Boutin.
Tiens! j'ai appris quelque chose aujourd'hui : je suis cisgenre https://t.co/hUuqZVLuHY
— christine Boutinن (@christineboutin) October 6, 2016
« Nos désirs font désordre »
Car loin de toute polémique autour de la si fantasmée ‘théorie du genre’, cette BD retrace surtout, de manière non exhaustive, l’histoire du féminisme. D’Olympe de Gouges et sa déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne, jusqu’au black feminism et à l’intersectionnalité, en passant par Simone de Beauvoir, Simone Veil, Benoîte Groult… Des concepts énoncés clairement, de manière assez ludique.
« L’approche est plutôt historique au départ, mais je suis linguiste. Donc j’ai fait le choix d’utiliser des slogans et des citations phares du féminisme comme point d’entrée », raconte la blogueuse.
On apprend ainsi comment des slogans connus comme « Nobody’s perfect » ou « Vos désirs sont des ordres » sont devenus les slogans cultes du féminisme : « Nobodies are perfect ! », « Nos désirs font désordre ».
« Ecouter les femmes »
Ici tous les courants sont abordés, le féminisme est pris dans son ensemble, sans parti pris. Notamment parce qu’Anne-Charlotte Husson elle-même ne se revendique d’aucun mouvement, même si elle avoue avoir des « affinités » avec le « féminisme matérialiste nourri par les concepts marxistes ».
« Mais c’est une affinité théorique. J’utilise le concept de genre qui ne vient pas de cette tradition par exemple, et je pioche également dans les approches intersectionnelles », précise-t-elle. Un féminisme « nourri par internet » qui lui permet aujourd’hui d’avoir cette distance nécessaire à l’élaboration d’une telle BD.
La question du voile et de la prostitution, les deux sujets les plus clivants du féminisme, sont d’ailleurs très vite abordés, dès les premières pages de la BD, pour mieux les laisser de côté. Ici il s’agit surtout de donner la parole aux féministes, « d’écouter les femmes ».
Le Féminisme, par Anne-Charlotte Husson et Thomas Mathieu
Paru le 7 octobre 2016. La petite Bédéthèque des Savoirs, éd. Le Lombard,
84 pages, 10 €.