En France, Cora a tenu sa promesse de ne plus classer les jouets par genre dans son catalogue de Noël. En Espagne, la chaîne ToyPlanet donne un grand coup de balai aux stéréotypes.
Ils l’ont promis, ils l’ont fait. En 2014, les hypermarchés Cora étaient épinglés pour la séparation filles/garçons, et les clichés allant avec, dans les rubriques de leur catalogue de Noël.
L’enseigne s’était alors engagée à « mener une réflexion »… qui a abouti : dans son catalogue de Noël 2015, finies les pages filles/garçons ; place à un classement par âges et thématiques.
Cora rejoint ainsi les magasins U, pionniers dans ce domaine parmi les chaînes de supermarchés, qui excitaient les dérangés du genre en 2013.
« Royaume des princesses » et « parcours des héros »
Quant aux autres chaînes de super/hypermarchés, elles n’ont toujours pas évolué, ou si peu. Les pages filles/garçons et leur lot de stéréotypes y restent également profondément ancrés. Les rares exemples de garçons jouant à la poupée ou de filles qui bricolent restent noyés dans des pages en rose et bleu où le genre détermine l’univers de jeu. Le catalogue de Leclerc propose une section filles intitulée « mon royaume », avec les princesses qui vont avec ; une autre intitulée « je suis un super-héros » pour les garçons. Dans la même veine Intermarché récidive avec son « royaume des princesses » et son « parcours des héros ». Tandis que la signalétique du catalogue Carrefour concentre les clichés :
En décembre 2014, un rapport sénatorial appelait pourtant les professionnels à s’engager, par une charte, à « supprimer des catalogues, magasins et sites internet la signalétique ‘garçons’ et ‘filles’ pour leur préférer des rubriques par type d’activité ou par âge. En rappelant que les jouets peuvent « contribuer à renforcer – ou à susciter – des inégalités que l’on retrouvera plus tard dans les comportements des hommes et des femmes, tant dans la sphère intime que professionnelle » (Voir : Jouets sexistes : un train de mesures de sénateurs).
Et si en France les enseignes spécialisées ont déjà abandonné depuis quelques années les catégories filles/garçons dans leurs catalogues de Noël, les clichés y restent bien présents. Dans celui de Toys’R’Us par exemple cette année, on peut voir huit images de filles jouant à la poupée, aucune de garçon. Bien loin du catalogue que la même enseigne proposait en Suède dès 2013.
La France apparaît ainsi plutôt à la traîne dans ce travail de déconstruction des stéréotypes. La démarche est déjà bien plus avancée en Grande-Bretagne, sous la pression de l’association ‘Let Toys Be Toys’ (Voir : Au Royaume-Uni, des rayons jouets de moins en moins sexués).
« Un jouet n’est pas fait pour un garçon ou une fille, il est pour tout le monde »
Et en Espagne, pour la deuxième année consécutive, le catalogue de Noël de l’enseigne ToyPlanet fait sensation. Plus encore que dans les meilleurs exemples en France, filles et garçons y partagent les activités. On peut y voir une fille avec une panoplie de bricolage, d’autres jouer qui avec un dinosaure, qui avec un sabre laser, qui au babyfoot… Tandis que deux garçons jouent à la maison de poupée, un autre avec un fer à repasser, un autre encore avec un aspirateur.
Dans la presse, où l’initiative fait grand bruit, le patron de ToyPlanet en Espagne, Ignacio Gaspar, assure n’avoir reçu quasiment que des retours positifs dès la première édition de ce catalogue dégenré, en 2014. Et espère que d’autres enseignes suivront son exemple, même si ce n’est pas encore le cas. « Un jouet n’est pas fait pour un garçon ou une fille, il est pour tout le monde », insiste Ignacio Gaspar.
Derrière les catalogues des grandes enseignes, ce sont les marques de jouets qui peuvent, elles-mêmes, évoluer. Exemple avec les jeux d’imitation dédiés au ménage. Si la cuisine s’est ouverte aux garçons ces dernières années, le ménage restait encore en 2013, dans tous les catalogues de jouets en France, une activité strictement réservée aux filles (Voir : Stéréotypes : 10 catalogues de Noël à la loupe). Ce n’est plus tout à fait le cas cette année : on retrouve par exemple dans le catalogue de Leclerc un garçon avec un chariot de ménage. Mais cette image est le fait du fabricant Smoby. Un premier pas en attendant le partage égal des tâches domestiques chez les parents…
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