Parmi les ouvriers qui fabriquent les ballons de la Coupe du monde de football pour Adidas, plusieurs centaines de Pakistanaises. Leur salaire ? 74 euros par mois. Deux fois moins que le prix d’un ballon officiel.
La production des ballons de la Coupe du monde de football est de retour au Pakistan. Il y a quelques années, le travail des enfants y avait fait scandale. Cette époque est révolue. Aujourd’hui ce sont des femmes qui s’y collent. Pour un salaire bien moins élevé qu’en Chine.
C’est le site américain Bloomberg qui l’évoquait le 20 mai : Adidas s’appuie cette année sur le sous-traitant pakistanais Forward Sports pour fabriquer le ballon de la Coupe du monde de football au Brésil, appelé Brazuca. Au départ, la mission a été confiée à une manufacture chinoise, comme l’était déjà la fabrication du ballon de la précédente Coupe du monde. Mais à l’automne 2013, Adidas a choisi de produire une partie des ballons dans une usine pakistanaise à Sialkot dans l’est du pays.
Les femmes, « plus méticuleuses »
Les 1800 ouvriers de l’usine de Forward Sports sont payés au revenu minimum de 10 000 roupies, l’équivalent de 74 euros, par mois – soit deux tiers de moins que le revenu minimum des ouvriers chinois.
Et 1 600 de ces ouvriers sont des femmes ; 90%, c’est une situation particulière au Pakistan, où elles restent majoritairement à la maison. Bien que l’emploi féminin augmente chaque année, il ne représentait en 2011 que 22% de la population active pakistanaise selon l’Analyse approfondie de la participation des femmes dans la population active au Pakistan publiée en 2013 par le journal de recherche scientifique du Moyen-Orient, IDOSI. Dans le domaine de la manufacture, elles n’étaient que 11,86% en 2009.
Le dirigeant de l’entreprise Kwaja Asood Akhtar a justifié son choix à l’Agence France Presse (AFP) : les femmes seraient plus « appliquées » et « plus méticuleuses que leurs collègues masculins ». Ce sont officiellement pour ces deux raisons qu’il a décidé de les recruter massivement.
Pendant huit heures par jour, en ligne, les ouvrières assemblent les différents morceaux de la balle à l’aide de polyuréthane et appliquent du silicone sur les coutures. Elles vérifient l’état des coutures et du poids des balles. Les hommes sont derrière les machines et vérifient à partir de logiciels en 3D la conformité du ballon. Au total, produire un ballon dure 40 minutes. Et ce sont 100 ballons qui doivent sortir chaque heure de l’usine de Sialkot.
Pour les conditions de travail, rien de négatif à signaler d’après Adidas. Depuis les scandales sur le travail illégal d’enfants au début des années 2000, la firme essaie de redorer son image. Le géant allemand est l’un des principaux donateurs depuis 1998 du programme Sudhaar qui s’occupe de l’éducation des enfants dans la ville de Siakholt. Car le manque d’éducation est ce qui menait principalement les enfants à travailler de manière illégale.
Des ouvrières « très fières »
Face à ces scandales qui ont fait fermer de nombreuses industries dans le pays, l’entreprise Forward Sports s’est couverte. « Nous n’employons pas en dessous de 15 ans », peut-on lire sur un grand panneau au dessus de l’entrée, rapporte Faseeh Mangi, le correspondant pakistanais du site Bloomberg. Dans ce pays, les enfants ne sont plus considérés comme tels à partir de 14 ans et peuvent être employés. Deuxième mesure de vérification : dès leur arrivée à l’usine à 8 heures du matin, les ouvriers doivent montrer leurs cartes de salariés.
Les femmes semblent contentes de leur travail. C’est du moins ce qui ressort majoritairement des articles écrits dans les médias tels que le Hindustan Times d’Inde, The Express Tribune du Pakistan ou encore The Sydney Morning Herald d’Australie. La raison ? Ils ont tous repris les propos d’une seule ouvrière, Gulshan Bibi, rapportés par l’AFP : « J’ai vraiment hâte de voir la Coupe du Monde et inch’allah, nous regarderons les matchs. Les ballons que nous créons seront utilisés et toutes les femmes employées ici sont très fières. » Les travailleuses confirment anonymement aux agences de presse Reuters et AFP que les conditions de travail – 8 heures par jour, 6 jours par semaines – sont bonnes. Même si elles touchent le salaire minimum, la sécurité sociale, l’assurance vie et les coûts du transport sont pris en charge par l’industrie.
Pas de quoi se payer un seul ballon
Les conditions de travail sont conformes aux normes, a également relevé l’association italienne Altroconsumo, qui s’est rendue sur le site de production pakistanais comme dans celui de Chine, à Shnenzen. Il s’agissait toutefois de visites prévues des mois à l’avance. En 2012, pour les JO de Londres, ce sont les atteintes aux droits du travail des sous-traitants d’Adidas au Bangladesh et en Indonésie qui avaient été pointés du doigt.
Le seul problème, au yeux d’Altroconsumo, tient au fait que ceux et celles qui fabriquent ces milliers de ballons « ne gagnent pas de quoi s’en payer un seul ». Le prix du produit fini Brazuca estampillé « officiel » est de 140 euros. Le double du salaire mensuel des ouvrières qui le fabriquent. Il existe également des répliques du ballon, presque cinq fois moins chères, à 30 euros. Ce qui représente encore 12 jours de salaire de ces « fières » ouvrières.
Pour satisfaire les besoins d’Adidas, plus de 3 millions de ballons de football ont été fournis avant le lancement de la Coupe du Monde jeudi 12 juin. Cette année, la multinationale espère en écouler 13 millions d’exemplaires, c’est-à-dire au moins autant qu’il y a quatre ans.
- Photo : le ballon Brazuka, par calciostreaming