Davantage de femmes parmi les intervenant.es mais très peu dans les « licornes ». Après le combat des places, les femmes doivent mener le combat des financements.
Petit à petit, les tribunes des REF, Rencontre des entrepreneurs de France (titre des universités d’été du Medef), se féminisent. A force d’être bousculés par les féministes et par de nouvelles lois sur la parité, les organisateurs cherchent… et trouvent des femmes.
La liste des intervenant.es de ce grand rendez-vous annuel des patrons français, qui se tiendra les 29 et 30 août prochains, devient plus féminine. Sur 106 intervenant.es, 38 sont des femmes soit un peu plus d’un tiers. Mais la situation se gâte lorsqu’on examine la liste des intervenant.es choisis pour partager « le secret des licornes » : sur 28 personnes, six femmes seulement. Les licornes sont des start-ups dotées d’un très fort potentiel de croissance.
Les hommes présentés pour révéler ces secrets des licornes sont présidents, CEO, fondateurs, éventuellement (rarement) co-fondateurs de start-ups. Et les six femmes ? Deux seulement sont fondatrices et dirigeantes : Paola Fabiani, présidente fondatrice de Wisecom, société de centres d’appels, et Stéphanie Hospital à la tête du fonds de capital-risque OneRagtime. Fabienne Neveux est CEO de Cobusiness Consulting qui accompagne les start-ups. Les femmes sont le plus souvent co-fondatrices ou collaboratrices : Sophie Hersan est Co-fondatrice et directrice Mode de Vestiaire Collective, Marie Tors est la co-fondatrice et CEO de Grafitti, Caroline Le Vaillant est responsable des partenariats et du développement business chez Lumo (une plateforme d’investissement). Elles accompagnent plus souvent qu’elles ne dirigent. Ce constat ne fait que confirmer d’autres études.
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Hors licornes, 100 % des femmes dirigeant une entreprise du CAC40 ont été conviées à ces REF -Elles ne sont que trois à diriger une de ces 40 plus fortes capitalisations boursières et leur nomination est récente- : Estelle Brachlianoff, directrice générale de Veolia, Christel Heydemann DG de Orange et Catherine MacGregor DG de Engie. Les autres femmes invitées sont, pour beaucoup, des responsables politiques, des journalistes ou des consultantes.
La visibilité de ces femmes aux tribunes du Medef permet de faire évoluer les mentalités : voir des femmes au pouvoir sera considéré comme normal et la non mixité sera considérée comme une anomalie. Les femmes sont de moins en moins des exceptions qui confirment la règle de hautes sphères de l’économie réservées aux hommes.
Mais cette évolution des mentalités est lente et chaotique. Les licornes, qui comptent des dirigeants bien plus jeunes que la vieille économie, ressemblent à un boy’s club.
L’âge ne fait rien à l’affaire ! « Du neuf avec des vieux ! » : le titre d’un débat promet de s’interroger sur les difficultés d’innover dans une Europe qui vieillit. Mais concernant les licornes, ce serait plutôt « du vieux avec des neufs (pas des neuves) ». Car les créateurs de licornes sont financés par leurs aînés et ces ainés se montrent encore très rétifs à investir dans des entreprises créées par des femmes.
Le combat des femmes ne fait que commencer. Pour diriger des licornes, ce n’est plus un combat de place qu’il faut mener, c’est un combat de financements. Et là encore les mentalités doivent encore évoluer.
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L’occasion de rappeler l’excellent film initié par Sista : « C’est quoi votre morning routine ?… Les questions qui tuent les carrières des femmes.
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