La journaliste a été écartée du débat d’entre–deux tours par Marine Le Pen et, plus discrètement, par Emmanuel Macron. Une sorte de consécration pour elle, un coup dur pour la démocratie.
Sur CNews, dans l’émission de Pascal Praud, Jordan Bardella, président du Rassemblement National par intérim a affirmé sans tiquer lundi 11 avril : « Marine Le Pen ne souhaite pas qu’Anne-Sophie Lapix anime le débat, parce qu’il y a un tel parti pris. » Le lendemain en conférence de presse, Marine Le Pen rappelait qu’elle choisissait elle-même les journalistes qui pouvaient la suivre… Ce qui en dit très long sur le sort qui sera réservé à la démocratie si elle est élue le 24 avril.
S’agissant du débat d’entre-deux tours, la tradition veut qu’il s’agisse d’une organisation commune entre TF1 et France 2 et que les journalistes soient choisis d’un commun accord avec les candidat.es.
Il semblerait qu’Anne-Sophie Lapix n’ait pas davantage plu au président sortant et que la chaîne de télévision ait opté pour Léa Salamé, la journaliste qui officie sur France Inter et sur France 2. Pourtant, aligner le présentateur du « 20 heures » de TF1, Gilles Bouleau, et la présentatrice du « 20 heures » de France 2 aurait semblé équilibré.
Marine Le Pen a une lourde rancune contre Anne-Sophie Lapix. La journaliste avait suscité l’admiration de ses confrères et consœurs, en 2012, en mettant en évidence notamment l’incohérence du programme économique de la candidate, les yeux dans les yeux. L’admiration de la planète médias montrait déjà que le rôle de quatrième pouvoir des médias était de plus en plus compliqué à jouer. Anne-Sophie Lapix expliquait simplement qu’elle avait le luxe de pouvoir faire son travail correctement. Un luxe qui se fait de plus en plus rare…
Lire : FACE À LE PEN, LAPIX SCOTCHE LES MÉDIAS (2012)
Les candidat.es boudent la journaliste qui les met face à leurs contradictions et les pousse dans leurs retranchements. Le 4 avril, Marine Le Pen avait, au dernier moment, annulé sa venue sur le plateau du 20 heures d’Anne-Sophie Lapix. Et chaque apparition de la candidate dans un média du service public est immédiatement suivie de critiques sur les réseaux sociaux par les équipes du parti d’extrême droite.
Emmanuel Macron limite ses apparitions sur France télévisions. Il a refusé d’être présent sur France 2 avant le premier tour contrairement à ses onze adversaires. Pour expliquer cette absence, les proches du président candidat évoquaient auprès du Monde le ton du journal « trop critique et décliniste ». Emmanuel Macron en voudrait aussi à la journaliste d’avoir mené un entretien journalistique en mars 2020 avec Édouard Philippe, alors Premier ministre, sans le ménager. Le Monde observe que le chef de l’État s’était en revanche plié à un long entretien sur TF1, estimant que les journalistes de cette chaîne étaient plus « neutres ». Si « neutre » veut dire ne pas mettre son interlocuteur face à ses contradictions, la démocratie est très mal en point.
D’autant que faire du journalisme à la télévision, consiste de plus en plus à faire de l’audience et de moins en moins à informer scrupuleusement comme le fait Anne-Sophie Lapix. Ce qui contribue à la montée des extrêmes.
Au lendemain du premier tour, la journaliste Laure Adler lançait un mea culpa en tant que journaliste.
Elle n’a pas vraiment été suivie par ses confrères.