Face à la délinquance des jeunes, le Premier ministre joue la surenchère virile… Au lieu de s’attaquer à la virilité toxique qui cause la violence.
« Vous n’êtes pas contents d’être là ?… c’est rassurant » lance avec un sourire satisfait Gabriel Attal. Lundi 22 avril, le Premier ministre visitait le premier « internat éducatif », expérimenté par le Département des Alpes-Maritimes au lycée du Parc Impérial de Nice. Un « séjour de remobilisation » organisé pendant les vacances pour une vingtaine d’adolescents en décrochage scolaire. L’objectif étant de remettre ces jeunes dans le droit chemin et d’éviter des dérives vers la délinquance.
Assis au milieu de ces adolescents en uniforme, jambes exagérément écartées, style je vais vous «montrer qui c’est Raoul », le Premier ministre nage dans la surenchère viriliste. Comme dans le film « les tontons flingueurs », il semble vouloir éparpiller « par petits bouts façon puzzle » ces jeunes qui ne sont pas contents d’être là. (Dans le film, la suite des dialogues signés Michel Audiard dit : « Moi, quand on m’en fait trop, j’correctionne plus : j’dynamite, j’disperse, j’ventile… »).
Surenchère viriliste
La scène, largement relayée par les médias, s’inscrit dans un « plan d’autorité » que le Premier ministre doit dévoiler dans les prochaines semaines. Un plan annoncé lors d’un déplacement à Viry-Châtillon le 18 avril. Le premier ministre avait en effet choisi pour son 100ème jour à Matignon de se rendre dans la ville où le jeune Shemseddine a été battu à mort, à la sortie de son collège.
Déjà dans la surenchère viriliste, le Premier ministre avait annoncé vouloir que « la République contre-attaque » face à la violence. Il n’annonçait pas d’augmentation de moyens pour éduquer, inculquer les valeurs de la République, apprendre à respecter des règles de vie commune ou même faire appliquer les peines contre tous les délinquants. Mais il privilégiait de nouvelles mesures répressives, contre les parents, des peines plus dures contre les mineurs, et suggérait qu’une mention « fauteur de troubles » soit inscrite dans Parcoursup…
Une analyse féministe des causes de la délinquance serait partie de quelques chiffres montrant que les délinquants sont très majoritairement des garçons. Et que ce sont précisément les modèles de virilité qui leur sont proposés qui les incitent à la violence. Une violence qui coûte très cher à la société. Lucile Peytavin l’a récemment très bien expliqué dans son livre « Le coût de la virilité. » La conclusion qu’elle en tire est que si on éduquait les garçons comme on éduque les filles, le niveau de violence baisserait considérablement.
Virilité toxique
Dans une tribune publiée dans Libération, la journaliste Hélène Devynck rappelle qu’ « on ne lutte pas contre la violence des enfants par la virilité toxique ». Elle compare les moyens répressifs mis sur la table pour lutter contre la violence des mineurs aux moyens introuvables de lutte contre d’autres formes de violences produites par la virilité toxique. « Lutter contre la violence des mineurs remplace la lutte contre la violence faite aux mineurs » écrit-elle.
Bien sûr, les images que donne à voir le Premier ministre et son plan sont des œillades appuyées aux franges les plus réactionnaires -et donc sexistes- du corps électoral. Elles s’inscrivent dans une longue série d’images envoyées par le président de la République. Avec la nouvelle impulsion donnée devant des jeunes par Gabriel Attal, le cercle vicieux de la virilité dominatrice se porte bien.
Lire aussi dans Les Nouvelles News
EMMANUEL MACRON SURJOUE LA VIRILITÉ, ÉNIÈME ÉPISODE
VIOLENCES SEXUELLES : IMPUNITÉ QUOI QU’IL EN COÛTE
LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DÉCORERA LUI-MÊME MICHEL SARDOU