« Allez sur le terrain », « larmes de crocodile »… Des femmes élues argumentent, des ministres hommes les attaquent. Avec des accusations infondées. La crise agricole révèle à nouveau deux façons de faire de la politique

Face à la colère des agriculteurs et agricultrices, le gouvernement met en place une stratégie guerrière classique : la meilleure défense c’est l’attaque. Pas de remise en question, pas d’excuses. Et la cible des attaques, ce sont souvent des femmes qui essaient en vain de dialoguer et d’argumenter sur le fond.
« Allez sur le terrain ! », «Faites votre examen de conscience » a lancé Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture pointant un index accusateur sur Mathilde Hignet, députée LFI d’Ille-et-Vilaine lors des questions au gouvernement mardi 23 janvier. Ouvrière agricole, fille d’agriculteurs, Mathilde Hignet est devenue députée en 2022. Mais ça, le ministre semblait l’ignorer, trop occupé à attaquer l’opposition en la rendant responsable de la colère du monde agricole.
Il n’a pas pris la peine d’écouter la députée qui connaît donc très bien le terrain : « Depuis des mois, nous vous alertons sur le mal-être et la grogne qui montent dans les campagnes » a-t-elle affirmé. « Nos agriculteurs sont en compétition avec le reste du monde, et vous continuez à signer des accords de libre-échange »… « les paysans veulent vivre de leur travail ».
Au lieu de répondre sur les sujets évoqués par la députée, le ministre a fait parler son oreille sélective. « Moi je vais vous dire ce que j’entends des agriculteurs : qu’ils en ont marre qu’à longueur de plateaux, qu’à longueur de reportages, qu’à longueur d’expressions, on vienne dénigrer leur travail. Qu’on fasse croire que leur agriculture ne serait pas la plus vertueuse, la plus qualitative, la plus respectueuse de l’environnement », s’est-il enflammé, demandant à l’opposition de prendre ses responsabilités.
« C’est une honte ! J’étais travailleuse agricole. Le terrain je le connais. Croyez-moi, la colère des paysans est légitime », a réagi la députée sur le réseau social X (ex-Twitter).
Larmes de crocodile, selon Gabriel Attal
Le Premier ministre, lui, a voulu voir « des larmes de crocodile » dans les yeux des écologistes. Avec la même stratégie d’attaque que le ministre de l’agriculture, Gabriel Attal a caricaturé les engagements des défenseurs de l’environnement : « La réalité, c’est qu’à chaque fois que nos agriculteurs, nos éleveurs ont un projet d’extension, qui s’y oppose ? Vos amis avec votre soutien. À chaque fois qu’un projet est lancé dans notre pays sur une retenue d’eau pour lutter contre la sécheresse, (…) ce sont vos amis qui s’y opposent » …. « À chaque difficulté, vous répondez plutôt en pointant du doigt nos agriculteurs. Quand certains discours les présentent comme des bandits, des tortionnaires de nos animaux, on aimerait aussi entendre vos indignations et votre défense du modèle agricole. »
Sur LCP, la députée écologiste de la Drôme Marine Pochon a trouvé Gabriel Attal « en dessous de tout »…. Parler de larmes de crocodile « C’est profondément insultant pour la fille et petite-fille de vignerons que je suis. » a-t-elle déclaré. Dans l’Hémicycle elle dénonçait la « compétitivité » qui met à mal l’agriculture en France. « Depuis 30 ans, ceux qui nous gouvernent ont choisi de placer notre modèle agricole sur la voie de l’industrialisation, de la compétitivité à outrance et du libre échange dérégulé » observait-elle. « Est-ce qu’on veut vraiment être compétitifs avec les fermes-usines brésiliennes qui détruisent l’Amazonie ? » Une question que le gouvernement a esquivée en s’en prenant aux écologistes.
Diffamation
Marine Tondelier, la secrétaire nationale du parti écologiste a vu dans les propos du Premier ministre de la « diffamation. » Face aux attaques simplistes, elle a longuement répondu sur les réseaux sociaux pour rappeler qu’ « il n’y aura pas de transition écologique dans les agriculteurs. Il n’y aura pas d’agriculture juste sans transition écologique ». Elle cite quelques engagements des écologistes avec les agriculteurs. « Le Premier ministre sait-il combien de recours nous faisons EN COMMUN avec des agriculteurs pour sauver des terres agricoles ? Que souvent bien-être agricole et bien-être paysan vont de pair ? » a-t-elle demandé. Elle dénonce la grossière stratégie de bouc émissaire du gouvernement et souligne que « Même en supprimant tous les Ecologistes de France, les problèmes éprouvés par les agriculteurs (de revenus, de manque d’eau et autres) seraient toujours bien présents. »
Sur TF1 ce jeudi matin, elle mettait en échec la stratégie de bouc émissaire du Gouvernement en affirmant soutenir à 200% le mouvement des agriculteurs, comme 84 % des écologistes…
Sur France Inter jeudi 24 janvier, une autre femme attaquée depuis longtemps par les lobbies anti-écolo, expliquait la situation dans le secteur de la pêche, qui se rallie à la colère des agriculteurs. Face au discours agressif de ceux qui accusent les écolos de vouloir tuer la pêche Claire Nouvian expliquait : « Ceux qui vous disent que les écolos veulent tuer la pêche, ce sont les lobbies industriels, qui ont détruit la ressource, l’océan et l’emploi, et qui veulent importer du poisson par avion. »
Difficile pourtant pour ces femmes de se faire entendre au milieu de ces accusations grossières et des argumentations simplistes. Elles argumentent sur le fond mais sont attaquées à coup d’accusations infondées. Les moeurs politiques finiront-elles par évoluer si les femmes sont plus nombreuses à s’engager ?
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