Aitana Bonmatí succède à sa coéquipière Alexia Putellas en remportant la 5e édition du Ballon d’Or, ce lundi 30 octobre 2023. Pour la troisième année consécutive, le Ballon d’Or féminin reste donc espagnol.

Tout laissait à penser qu’Aitana Bonmatí ne repartirait pas les mains vides et c’est en effet ce qu’il s’est passé. Sacrée joueuse de l’année UEFA 2022/2023 il y a deux mois, la milieu de terrain espagnole a réalisé une saison exceptionnelle. Vainqueure de la Ligue des Champions (FC Barcelone) et championne du monde cet été avec La Roja, Aitana Bonmatí a même été sacrée meilleure joueuse de ces deux compétitions. Pas étonnant donc de la voir soulever ce célèbre trophée.
Une rude concurrence
Prétendantes au titre face à elle, l’australienne Sam Kerr arrive en seconde position et la jeune espagnole Salma Paralluelo prend la 3e place du classement (6 espagnoles étaient nominées). Côté françaises, elles étaient deux : Kadidiatou Diani et Wendie Renard arrivent respectivement à la 14e et 26e place.
Quid de la tenante du titre Alexia Putellas ? Même si la double ballon d’or espagnole a elle aussi remporté la coupe du monde et la ligue des champions, sa non-nomination est dûe à une blessure au ligament croisé qui l’a éloignée des terrains une bonne partie de la saison. Mais nul doute qu’elle reviendra dans la course lors d’une prochaine édition et tentera de décrocher le triplé.
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Féministe dans l’âme
Aitana Bonmatí a grandi dans une famille aux convictions sociales et égalitaires fortes. Pour preuve, son nom de famille : Bonmati Conca. En 1998, la norme était de donner le nom de famille du père et de placer celui de la mère en seconde position. Elle aurait donc dû s’appeler Aitana Conca Bonmatí. Mais c’était sans compter sur la force de caractère de sa mère, Rosa Bonmatí, bien décidée à inverser cette tendance patriarcale et à mettre son nom en première position. Face à la loi et aux refus de changer cet ordre traditionnel, cette dernière inscrit sa fille seule, sans faire mention du père. Celui-ci, conscient que la société doit changer, soutient totalement cette démarche. A sa naissance, la joueuse porte alors le seul nom de sa mère. Ce n’est que 16 mois plus tard qu’ils arrivent à faire modifier le cadre légal et à ajouter le nom de famille de son père, Conca, en deuxième place.
Avec de tels antécédents, pas étonnant qu’Aitana ait hérité de cette combativité et détermination pour poursuivre son rêve de devenir footballeuse professionnelle, malgré le sexisme et les embûches auxquelles sont bien souvent confrontées les sportives. Lors de son discours elle a d’ailleurs mentionné cet épisode en remerciant ses parents : « Vous vous êtes battus pour changer la règle du nom de famille en Espagne et vous avez réussi. Je porte ce combat et cette résilience dans mon sang depuis ma naissance et c’est grave à vous ».
Avant la coupe du monde 2023, Aitana fait partie du « groupe des 15 » joueuses à annoncer se retirer de la sélection espagnole pour protester contre les méthodes du coach Jorge Vilda (finalement limogé en septembre dernier) et de la fédération. Peu de temps avant, elle choisit finalement de revenir en sélection et remporte alors le titre mondial avec son équipe.
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Dans l’affaire « Jennifer Hermoso/Luis Rubiales », elle prend position et soutient publiquement Jenni Hermoso et exige avec ses coéquipières des changements significatifs au sein de la Fédération. Dans son discours de remise de trophée de joueuse UEFA, elle déclare : « Nous ne pouvons pas permettre dans notre société l’abus de pouvoir dans une relation de travail ou le manque de respect. Je dédie ce prix à Jenni et à toutes les femmes qui ont souffert de ces situations ».
Dans une interview ce mois-ci, elle confirme sa position et celle de ses coéquipières au sujet de leurs revendications auprès de la Fédération : « On parle de première division féminine professionnelle et majoritairement la seule chose qui a changé c’est d’avoir ajouté le mot professionnel ». Au cours de cette même interview, elle n’hésite pas non plus à mentionner le soutien quasi inexistant des footballeurs masculins. A la question « Est-ce que vous vous attendiez à plus de soutien de leur part ? », Aitana Bonmatí a tout simplement répondu « A vrai dire, non »…
Le monde du foot n’en a toujours pas fini avec le sexisme. Comme l’a remarqué le média LesFooteuses, le chanteur invité lors de la cérémonie du ballon d’Or a serré les mains des joueurs mais il est passé devant les joueuses sans les saluer…