La « grande cause du quinquennat » n’a pas permis d’avancées spectaculaires, malgré de nombreuses annonces.
Le 7 mars sur LCI, à la veille de la journée internationale des droits des femmes, lors d’une émission #FaceAuxFrançaises, Emmanuel Macron affirmait que la part des femmes dans l’Hémicycle avait plus que triplé en 2017, passant de 11 à 38%, « parce qu’il y a un groupe majoritaire qui est paritaire ». Tout doux ! Si l’explication donnée par le président de la République est exacte, les chiffres sont faux.
Comme le rappelle Désintox , en juin 2017, 224 femmes ont été élues à l’Assemblée nationale sur 577 députés, soit 38,8% des sièges. Mais, dans la mandature précédente, elles représentaient 27 % de l’Hémicycle.
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Les femmes représentaient déjà 12 % des député.es en 2002 puis 18,5% en 2007. Cette progression s’explique plutôt par la loi sur la parité de 2002. Cette loi prévoyait des sanctions financières pour les partis politiques ne respectant pas la parité dans les candidatures. En 2017, le parti naissant « La République en marche » ne pouvait pas se permettre des sanctions financières pour non parité.
« Insuffisant » et « encouragements »
Et puis le rapport intitulé « Égalité femmes-hommes : grande cause, petit bilan » veut modérer les ardeurs du président sortant. Ce rapport signé par Oxfam France avec Equipop et Care France a été réalisé avec la participation d’associations expertes comme la Fondation des Femmes, le Planning familial et ONE France. Même s’il reconnaît des efforts en faveur des Droits des femmes durant le quinquennat, ce rapport juge ces efforts « insuffisants »
Deux points sont soulignés par des « encouragements ». Tout d’abord la mise en place d’une « diplomatie féministe » . Mais cette diplomatie féministe est pauvrement dotée. « La France reste 26ème/30 au classement des pays donateurs intégrant l’égalité dans leur aide » note l’ONG.
Dans le domaine des droits sexuels et reproductifs, Oxfam salue l’allongement de la durée légale pour l’accès à l’IVG et l’élargissement de l’accès à la PMA. Mais déplore les débats suscités par ces mesures au sein de la majorité.
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Trois points sont jugés « insuffisants ». Tout d’abord, « le pouvoir reste malgré tout une affaire d’hommes ». Si les femmes sont plus nombreuses en politique, la cause de l’égalité femmes – hommes n’est pas mieux défendue. Le budget dédié à cette cause ne représente que 0,25 % du budget général en 2022.
Ensuite, la lutte contre les violences est sévèrement critiquée par l’ONG qui regrette que « malgré de nouvelles mesures… Les moyens alloués à la lutte contre les violences conjugales sont très loin du milliard d’euros nécessaire selon les associations spécialisées. Les dispositifs de protection ne concernent que 2% des cas de violences conjugales en France et l’accueil et la prise en charge des femmes sont toujours très problématiques. »
Quant à l’égalité professionnelle, « Entre effets d’annonce, demi-mesures, voire mesures contre-productives, le compte n’y est pas » tacle Oxfam.
En conclusion, le rapport affirme : « les mesures entreprises ces cinq dernières années n’ont pas permis de transformer un système profondément sexiste. Les moyens ont été trop faibles et de multiples erreurs et ambiguïtés ont questionné la réalité de l’engagement de la France. ».