
Nawal El Saadawi – Londres 2011 – Flickr
«Mon crime le plus grand est d’être une femme libre» écrivait-elle. Pendant plus de cinquante ans, la féministe égyptienne qui a dû s’exiler plusieurs fois, a combattu l’oppression des femmes.
La féministe égyptienne Nawal el-Saadawi est décédée dimanche à l’âge de 89 ans. Grande figure de lutte pour l’émancipation des femmes dans le monde arabe, honnie par les intégristes religieux, accusée par le passé d’apostasie et d’atteinte à l’Islam, elle n’a jamais cessé de se battre. A l’annonce de son décès, les hommages ont afflué pour saluer cette grande féministe.
« Quand exactement, je ne sais plus. J’étais à un meeting féministe. Femmes de tous les pays. A la tribune, Nawal Saadawi. Elle dit: “Une chose dont je suis sûre, c’est que Dieu n’a jamais écrit un livre”. Moi, conquise à jamais. Coeur en lambeaux. Hasta siempre, compañera. » salue l’écrivaine et chroniqueuse Isabelle Alonso sur Twitter .
« Une vie de combat pour la liberté, la justice et l’égalité. Réclamer la même part d’héritage pour les femmes lui avait valu d’être accusée d’apostasie. Une grande voix du féminisme s’est tue. La plus grande du monde arabe. Elle résonnera à jamais» écrit la sociologue des religions Leïla Babès.
La journaliste Sophie Fontanel salue l’ « Écrivaine. Un gardien qui avait trouvé de quoi écrire dans sa cellule : « C’est pire que d’avoir un fusil ». N’ai jamais oublié cette phrase qui venait en écho de Marguerite Duras : « La pire chose qu’on puisse faire à un homme, c’est un livre » ». Rip #NawalElSaadawi»
Tandis que la psychiatre, Fatma Bouvet de la Maisonneuve, experte dans la santé psychique des femmes salue sa consoeur : « Elle était psychiatre, féministe, engagée pour la liberté des femmes. Elle est un modèle pour moi et pour d’autres . Reprendre la flamme #NawalElSaadawi »
Nawal el-Saadawi était écrivaine, psychiatre, autrice d’une cinquantaine d’ouvrages. Elle s’est toujours battue contre la polygamie, le port du voile islamique, l’inégalité des droits de succession entre hommes et femmes et contre l’excision, qui sera interdite sous la présidence Moubarak mais touche encore aujourd’hui plus de 90% des Egyptiennes. Une bataille qui commence par la lutte qu’elle mène contre sa propre éducation, dans une Egypte rurale et traditionnelle, qu’elle relate dans ses écrits. Autrice de deux livres féministes de référence, Au début, il y avait la femme et La femme et le sexe, elle a marqué les esprits. Le second, publié en 1972 sur l’excision provoqua une vague d’indignation lors de sa publication. Il fut interdit et lui valut d’être démise de ses fonctions de médecin.
Plusieurs années d’exil
Emprisonnée en 1981 pour s’être opposée à la loi du parti unique, elle a été libérée sous Moubarak et a fondé en 1982 l’Association arabe pour la solidarité des femmes. Une association qui a été interdite en 1991. Nawal el-Saadawi a quitté l’Egypte une première fois en 1993 après avoir reçu des menaces de mort de la part d’islamistes, pour rejoindre les Etats-Unis où elle a enseigné pendant trois ans à l’université Duke en Caroline du Nord. A son retour en 2005, elle songe à se présenter aux élections présidentielles avant d’abandonner dénonçant une « parodie » de démocratie. En 2007, l’institution théologique al-Azhar, portait plainte contre elle pour atteinte à l’islam. Un mois plus tôt, son autobiographie et l’une de ses pièces de théâtre avaient été bannies de la foire du livre du Caire. Elle avait alors à nouveau quitté le pays, avant d’y revenir en 2009.
« J’ai écrit des articles qui encensent la liberté et j’ai des penchants philosophiques. Mais mon crime le plus grand est d’être une femme libre à une époque où l’on ne tolère que les esclaves. Je suis née avec un cerveau qui pense à une époque où l’on cherche à tuer la raison. » écrit elle dans Mémoires de la prison des femmes en 2002. Elle a reçu le prix Nord-Sud en 2004 pour son engagement en faveur de la démocratie et les droits humains.