La secrétaire d’État a osé dénoncer crûment le monopole de la parole politique par les hommes. Pluie de critiques.
« En fait j’aurais dû venir avec une paire de couilles et la poser sur la table, comme ça, j’aurais eu le droit de parler ! » ces mots sont de Brune Poirson, la secrétaire d’État à la Transition écologique, dimanche 28 juin, lors de la soirée consacrée aux élections municipales sur CNews, alors qu’elle avait été interrompue à plusieurs reprises par Sébastien Chenu, député Rassemblement national du Nord. Son adversaire ne lui laissait pas finir une phrase et lui expliquait, avec un ton condescendant, qu’elle n’utilisait pas les bons mots…
La prenant toujours de haut sans lui laisser la parole, l’élu RN a poursuivi : « ne soyez pas déplacé, madame ». Un échange que la journaliste Laurence Ferrari a fini par couper ainsi : « C’est bon pour l’échange ‘Tontons flingueurs’. Parlons un peu des écologistes… »
Plus tard dans l’émission, alors qu’elle tentait de répondre à Brice Hortefeux et bataillait pour s’exprimer, Brune Poirson a été stoppée net par Laurence Ferrari : « Non, mais arrêtez de me faire le coup de la femme qui ne peut pas parler… C’est bon ! ». Protestation de la secrétaire d’Etat étouffée par le brouhaha « Je crois que vous l’avez vécu comme moi-même. Vous me coupez la parole systématiquement quand je suis en train de parler »
Sur les réseaux sociaux et dans certains journaux, Brune Poirson est perçue comme « vulgaire », beaucoup ironisent sur son manque d’élégance ou de distinction et affirment qu’elle perd ses nerfs. Les critiques viennent autant de femmes que d’hommes, la reproduction des stéréotypes étant tout autant le fait de femmes que d’hommes.
Pour une femme, sur un plateau télé ou dans la vie c’est « pile je perds, face je ne gagne pas ». Soit elle se conforme aux injonctions à l’élégance et à la discrétion qui caractériseraient une « vraie femme » et elle ne parle pas… soit elle proteste et elle suscite une forme de dégoût ou simplement de l’exaspération.
Les journaux qui relatent ces faits ne profitent pas de l’occasion pour rappeler les chiffres sur la place des femmes dans l’information et leur faible temps de parole. Des chiffres dont il était pourtant question il y a quelques jours avec un nouveau rapport.
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Là-dessus l’inénarrable Pascal Praud, taulier d’une émission sur la même chaîne a, le lendemain, commenté les commentaires politiques en décrétant simplement que Brune Poirson faisait partie des « gens qui ne sont pas bons (Lire : #JESUISFOLLEDERAGE, CONTRE LE «NÉGATIONNISME CLIMATIQUE ET LA MISOGYNIE»)
Mais beaucoup d’internautes ont aussi fait remarquer que le manque d’élégance c’était d’interrompre ou qu’elle était éventuellement grossière, pas vulgaire. Et certain.e.s ont souligné le double standard de jugement s’abattant sur les personnalités politiques qui parlent de couilles. Les femmes choquent, les hommes suscitent plus de rires ou d’approbations viriles que de dégoût. Qu’il s’agisse de Bruno Le Maire, actuel ministre de l’Economie, qui, en 2014, affirmait «À la tête de l’UMP, il faut quelqu’un qui a des couilles!», après avoir dit en 2012 que les « non-alignés n’avaient « pas de couilles » ou bien Jacques Chirac à propos de Margaret Thatcher : « Mais qu’est-ce qu’elle me veut de plus cette mégère ? Mes couilles sur un plateau ? »… Pour ces hommes, le mot « couilles » est le symbole de la puissance. Employé comme l’a fait Brune Poirson, ce mot symbolise l’usurpation du pouvoir. Ce qu’un homme politique peut dire, une femme ne devrait pas le dire…
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