Les hommages à la grande autrice de BD, créatrice de Cellulite, d’Agrippine ou des Frustrés sont très forts. Mais quelques hommes ont cru bon de parler avant tout de son mari.
Claire Bretécher s’est éteinte le 10 février. Et les journaux célèbrent la « chroniqueuse au vitriol » (Le Monde), la pionnière (FranceTV), Libération consacre sa Une à « Bretecher libre comme Claire.» La presse étrangère aussi lui rend hommage. Comme le Guardian qui apprécie son humour mordant sur « le genre et la sexualité » tandis que la Süddeutsche Zeitung voit aussi en elle une «Pionierin». Le journal suisse Le Temps ressort une édition du 31 décembre 1976 du Journal de Genève. Claire Bretecher y affirmait que «les opinions féministes les plus folles» la ravissaient, mais qu’il lui «ravissait encore plus qu’on ose en rire».
Même si elle ne riait pas toujours du sexisme et de son bras armé que pouvait être la presse féminine, comme elle le dit dans cet extrait ressorti par l’INA où elle dénonce férocement les injonctions à la beauté.
Elle était notamment connue pour "Les Frustrés" et "Agrippine" : la dessinatrice Claire Bretécher vient de mourir à l'âge de 79 ans. Première femme bédéiste reconnue en France, elle évoque les injonctions à la beauté dans ce portrait de 1975. pic.twitter.com/9xMkJ1CD8d
— INA.fr (@Inafr_officiel) February 11, 2020
Sa biographie publiée par Dargaud raconte qu’elle s’est lancée dans la bande dessinée pour rompre l’ennui. En 1963, elle rencontre Goscinny qui lui commande des illustrations pour Pilote. Elle collabore au journal Tintin puis au magazine Spirou. C’est en 1969, qu’elle commence, dans Pilote, les aventures de Cellulite princesse au physique ingrat en quête de prince charmant et féministe. En 1972, elle participe à la création de L’Écho des savanes.
En 1973, elle rejoint Le Nouvel Observateur, où elle livre une planche hebdomadaire, intitulée « La Page des Frustrés ». Elle se lance dans l’autoédition avec le premier album des Frustrés en 1975, le premier album des aventures d’Agrippine en 1988… et le huitième intitulé « Agrippine déconfite », sort en 2009 chez Dargaud. Claire Bretécher est aussi une peintre de grand talent.
Les hommages rappellent que le sémiologue Roland Barthes l’avait qualifiée de« meilleure sociologue de l’année ». Quant au sociologue Pierre Bourdieu, il voyait dans la vie de son héroïne Agrippine une dimension « quasi ethnographique »
Bien sûr les autrices de BD ont dit merci à celle qui a longtemps été l’une des trop rares femmes connues dans le monde de la BD. Elle est la première femme à avoir reçu un grand prix spécial du jury au festival d’Angoulême, le prix du 10ème anniversaire, en 1982. L’autrice Catherine Meurisse signifiant sa « reconnaissance éternelle » à Bretécher, a partagé sur Instagram ce dessin de Bretécher montrant une journaliste interviewant un auteur de BD : « n’est-ce pas un handicap d’être un homme dans la bande dessinée ? »
Pénélope Bagieu partage le même dessin et écrit « Je me souviens que quand j’ai commencé à bosser, les journalistes voulaient absolument trouver du Bretécher dans mon dessin. C’était très flatteur mais pas du tout fondé. En fait c’était juste parce que c’était le seul exemple (qui leur vienne) de femme dans la BD. Quel chemin. »
Catel a dessiné Claire Bretécher et son Agrippine avec ce commentaire « Reine de la bande dessinée et modèle d’émancipation pour des générations, je la garde dans mon cœur et mon crayon. Sa sensibilité, son humour, son regard restent éternels »
Décès de Claire Bretécher : ma mère spirituelle nous a quittés ce matin. Reine de la bande dessinée et modèle d’émancipation pour des générations, je la garde dans mon coeur et mon crayon. Sa sensibilité, son humour, son regard restent éternels. #ClaireBretecher #bd #dessin #RIP pic.twitter.com/EehQkutyZe
— Catel (@CatelBd) February 11, 2020
A lire aussi l’hommage émouvant que rend Isabelle Alonso à la « lumineuse Bretécher» qui a illustré ses livres
Mais au milieu de ces hommages, deux couacs remarqués. Le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquert n’a rien trouvé de mieux que de parler davantage du mari de l’autrice de BD que d’elle avec ce tweet :
« Adieu Claire Bretécher, et merci pour tant de talent! Pensées pour son mari, Guy Carcassonne, qui nous a quittés en 2013. Ils avaient le projet d’écrire ensemble un manuel d’éducation civique illustré. Nous l’aurions tant aimé. » Et le ministre s’est attiré les foudres de la twittosphère.
Un peu moins polémique, le politologue Olivier Duhamel a aussi fait référence à Guy Carcassonne mais c’était aussi pour mieux souligner le talent de peintre de Claire Bretécher. Il publie un tableau avec cette mention « Sept ans après Guy Carcassonne, Claire Bretécher vient de mourir. Portrait du professeur par sa conjointe dessinatrice. #clairebretecher #guycarcassonne »
https://twitter.com/o_duhamel/status/1227237896765095939
Lire aussi dans Les Nouvelles News