
Robert Fico. Par EU2016SK [CC0], via Wikimedia Commons
Après la Bulgarie, la Slovaquie refuse de ratifier la Convention d’Istanbul, outil législatif de lutte contre les violences faites aux femmes. Dans les deux cas, c’est une vision opposée à la notion de genre – et de stéréotypes – qui l’a emporté.
Une semaine après la Bulgarie c’est un autre pays d’Europe centrale, la Slovaquie, qui annonce son refus de ratifier la Convention d’Istanbul. Le Premier ministre slovaque Robert Fico y a mis un veto ferme et définitif, jeudi 22 février.
Comme en Bulgarie, c’est le concept de genre, inclus dans le texte de la Convention, qui choque les traditionalistes et a conduit le gouvernement slovaque à reculer. Le principal argument (infondé) des « anti-genre » est que sa ratification impliquerait l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. En 2014, la Slovaquie a inscrit dans sa Constitution que le mariage est l’union d’un homme et d’une femme.
Rappelons que la Convention d’Istanbul – de son nom officiel Convention du Conseil de l’Europe “sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique » – fixe une série de standards minimums, y compris législatifs, en matière de prévention des violences de genre, de protection des victimes et de poursuites des auteurs.
Mais ce qui ne passe pas, en Slovaquie comme en Bulgarie, ce sont les passages soulignant que « la nature structurelle de la violence à l’égard des femmes est fondée sur le genre » ; dénonçant les discriminations fondées sur « l’identité de genre » ; et appelant à mener des « politiques sensibles au genre ».
Une déclaration lue dans les églises
Le Premier ministre slovaque n’accepte pas non plus que la Convention évoque les stéréotypes, ce qui selon lui « remet inutilement en cause les différences entre les hommes et les femmes ».
Dans une lettre au Parlement bulgare, fin janvier, le Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe avait déploré ce genre d’argument « fallacieux ». La Convention, de fait, oblige les États l’ayant ratifiée à prendre « les mesures nécessaires pour promouvoir les changements dans les modes de comportement socioculturels des femmes et des hommes en vue d’éradiquer les préjugés, les coutumes, les traditions et toute autre pratique fondés sur l’idée de l’infériorité des femmes ou sur un rôle stéréotypé des femmes et des hommes. »
Le discours des gouvernements bulgare et slovaque est directement inspiré de celui des autorités religieuses, qui défendent la « famille traditionnelle » et s’érigent contre « l’idéologie du genre ». Le 13 février, les Églises chrétiennes slovaques avaient adopté une déclaration commune, lue à leurs fidèles le dimanche suivant, pour dire tout le mal qu’elles pensaient de la Convention d’Istanbul.
Le Premier ministre slovaque estime toutefois que « 98 à 99% » du texte est justifié, et assure que la législation sera renforcée pour protéger les femmes contre les violences.