Aux révélations du Canard Enchaîné sur le travail fantôme d’assistante parlementaire de son épouse Penelope, François Fillon pointe du doigt la « misogynie » de l’hebdomadaire. À juste titre ? Pas vraiment.
« Je suis scandalisé par le mépris et la misogynie de cet article ». C’est ainsi que François Fillon a réagi à la révélation choc du Canard Enchaîné, ce mercredi 25 janvier : l’épouse du candidat de la droite à la présidentielle aurait touché,entre 1998 et 2007, 500 000 euros de salaire comme assistante parlementaire. Un travail dont l’hebdomadaire n’a trouvé aucune trace.
En évoquant la « misogynie » de l’article, le candidat de la droite à la présidentielle élude la principale accusation portée par le Canard Enchaîné : le problème principal n’est pas que Penelope Fillon ait été assistante parlementaire de son époux (la pratique est malheureusement classique, à droite comme à gauche), puis du successeur de celui-ci ; c’est que son travail à ce poste apparaît absolument fictif, selon l’enquête de l’hebdomadaire.
De fait, rien dans les portraits consacrés jusque là à Penelope Fillon ne fait référence à un tel emploi. « Parce que c’est une femme, elle n’a pas le droit de travailler ? » : en posant cette question, François Fillon dresse donc un écran de fumée. De mauvaises langues ne manquent pas non plus de lui rappeler que lui-même avait récemment été accusé de « misogynie crasse » pour avoir renvoyé Ségolène Royal à son rôle d’ancienne épouse de François Hollande.
« Une femme en or »
Mais le candidat à la présidentielle n’a-t-il pas pour autant raison d’accuser l’article du Canard de misogynie ? « Imaginez un instant qu’un homme politique dise d’une femme, comme le fait cet article, qu’elle ne sait faire que des confitures : toutes les féministes hurleraient », attaque François Fillon. Il est vrai que plusieurs formules de l’article du palmipède sont tendancieuses :
« Pénélope Fillon était jusqu’à présent connue pour ses talents de jurée dans les concours de tarte aux poires ou de poney Shetlands (…) et ses occupations domestiques ». Et pourtant elle a « accumulé les contrats à plein temps , au même rythme que les bocaux de confitures ». Plus loin, « la valeureuse épouse a (…) dû trimer pendant des années, tout en tenant la maison ».
Autant de remarques qui, la renvoyant à ses fourneaux, fleurent en effet le sexisme. Le Canard s’avance d’ailleurs souvent sur cette pente glissante. Pour autant, ici, le contexte met à mal la défense du candidat. L’humour du palmipède sur le thème de la femme au foyer, par contraste avec son emploi (fictif ?) d’assistante parlementaire, n’est pas sans fondement. C’est en effet l’image médiatique que Pénélope Fillon s’était forgée. Le Canard exhume ainsi, par exemple, cette remarque d’un curé de leur ville de Solesmes, rapportée par Le Monde en 2008 : François Fillon « a une femme en or, discrète, qui sait tenir son rang et élever ses enfants ».
Dans Paris Match en novembre dernier, alors qu’elle sortait de l’ombre pour soutenir son mari dans la campagne des primaires, on pouvait lire : « A l’origine, Penelope a une formation d’avocate mais n’a jamais exercé. Se consacrant à sa famille à chaque instant. » Et dans Public au même moment : « Bien qu’elle soit avocate, Penelope n’exerce pas, et a choisi le métier tout aussi difficile et prenant de maman au foyer »,
Pour rester dans ces sources people, seul France Dimanche donnait un autre son de cloche : « N’imaginez pas que les places, dans le couple, sont distribuées de façon classique. En effet, les bœufs bourguignons, sautés de veau et autres plats de pâtes à la saucisse du dimanche, quand toute la famille est réunie, ne sont pas l’œuvre de madame, mais bien de monsieur, qui prend plaisir à cuisiner. S’il a pensé à remplir le réfrigérateur auparavant, car Penelope ne fait pas les courses ! »