
Le car de l’équipe, photo FFF
Et un et deux et trois… zéro ! Vous connaissez la chanson mais vous pensiez que les joueurs français avaient oublié les paroles… Détrompez-vous !
Deux équipes françaises brillent actuellement sur le terrain du foot international. Deux équipes de footballeuses. L’une vient de s’imposer face à la Croatie 3-0 dans un match de qualification pour la Coupe du Monde 2011.
Mai 2010 : les jeunes Françaises remportent la Coupe d’Europe des 19 ans en Macédoine. Juin 2010 : l’équipe internationale A, celle qui rassemble les meilleures joueuses, taille victorieusement sa route vers le prochain Mondial de football féminin qui aura lieu en Allemagne du 26 juin au 17 juillet 2011. Leur dernière victoire : 3-0 face à la Croatie, à Besançon, devant 6 700 spectateurs. Prochains matchs de l’Equipe de France féminine comptant pour les qualifications au Mondial : Estonie-France le 23 juin, à Tallin ; France-Serbie le 25 août, à Troyes. Loin de la déroute des Bleus en Afrique du Sud, très loin de leurs frasques, les Bleues s’amusent, jouent bien et séduisent. Zéro faute dans cette phase de qualification : 7 matchs joués, 7 victoires, 36 buts marqués, aucun but encaissé. Avouez qu’il y a de quoi renouer avec le foot !
Talentueuses avant tout

Elodie Thomis et Marie-Laure Delie, photo FFF
Pourtant, ce n’est pas si simple encore aujourd’hui en France d’être une fille qui aime le foot ! Car « le football en France c’est le territoire des hommes », affirme Brigitte Henriques, ancienne internationale de l’équipe de France féminine, aujourd’hui manager de la section féminine du PSG. Et côté mentalités, même au XXIème siècle, c’est toujours l’âge de pierre : « Ras-le-bol d’entendre des trucs comme : « si vous voulez qu’on vienne vous voir, changez vos tenues, soyez plus sexy, comme les filles du beach volley »… Au secours ! »
Aujourd’hui, elles sont 52 000 licenciées, seulement, à jouer dans les stades le week-end en France. A peine 3 % des 2,2 millions de licenciés français (contre 10% de joueuses en moyenne dans le monde). Dérisoire face aux 136 000 joueuses suédoises et au million de pratiquantes en Allemagne ou en Angleterre. Elles sont même plus d’un million et demi aux USA.
La balle aux filles
Pourquoi ce retard ? Parce que la petite fille qui veut jouer au foot en France doit se battre pour trouver un club où pratiquer. « En Suède, en Finlande ou en Allemagne, le foot c’est le sport collectif numéro un pour les femmes », explique Elisabeth Bougeard, chargée du développement du foot féminin à la Fédération Française de Football . « En France, la plupart du temps, on envoyait les filles jouer avec les garçons, le meilleur moyen de les dégoûter si elles n’étaient pas excellentes. A 14-15 ans, à l’âge où les matchs mixtes deviennent interdits, comme il n’y avait pas assez de filles pour constituer des équipes par tranche d’âge, une gamine pouvait se retrouver à jouer avec des femmes de 35 ans, ce n’est pas bon physiquement, pas motivant, pas stimulant…».
En 2009, la FFF opère un virage spectaculaire et annonce un ambitieux plan de développement du foot féminin. Objectif : créer des écoles de foot féminin dans tous les clubs de division 1 et 2 où existe une équipe senior féminine, et atteindre d’ici 2012 le seuil symbolique des 100 000 licenciées… Surtout, elle accorde aux joueuses la possibilité de contracter des contrats fédéraux, auparavant réservés aux hommes. Elles pourront être ainsi rémunérées pour jouer, comme les hommes…
1 500 à 4 000 euros mensuels pour les joueuses de D1
Car aujourd’hui la situation des joueuses est très disparate. La majorité des footballeuses de division 1 restent amateurs et s’entraînent le soir après leur journée de travail. Depuis juillet 2009, certaines sont donc payées par leurs clubs. Paul Piémontèse, le président de l’équipe féminine de Lyon, évoque des salaires de 1 500 à 4 000 euros net par mois, mais la rumeur évalue les meilleures à 10 000 euros mensuels.

Entrainement au lendemain de la victoire contre la Croatie, photo FFF
L’Olympique Lyonnais a été l’un des rares poids lourds du foot français à parier très tôt sur les filles. Et donc l’un des premiers à faire signer des contrats fédéraux à ses joueuses. Cela a permis au club de régler les problèmes de papier pour les joueuses étrangères mais aussi d’éviter l’hémorragie des meilleures Françaises qui partaient s’exiler aux USA, l’Eldorado du foot féminin. L’OL finance également un staff professionnel de 8 personnes pour coacher l’équipe féminine, plus 10 bénévoles (à noter tout de même que chez les garçons à ce niveau-là, on est loin du bénévolat … ) Côté résultats, ça paye : en mai dernier, les joueuses de l’OL ont atteint la finale de la Ligue des Champions, perdue in extremis face aux Allemandes de Potsdam au terme d’une incroyable séance de tirs aux buts, défaite concédée au 18è tir…
Des joueuses nues pour attirer les foules ?
Le PSG aussi commence à investir sur ses joueuses. Un « sport-études » de 14 filles ouvrira en septembre 2010, financé par Carrefour, le sponsor des garçons. Brigitte Henriques a obtenu un poste à mi-temps pour encadrer son équipe et en octobre 2009 le club a organisé une grande première : un match des filles au Parc des Princes qui ne soit pas un match d’ouverture avant une rencontre masculine. Ca n’a l’air de rien mais c’est historique dans la capitale : d’habitude les joueuses parisiennes disputent leurs matchs officiels au Camp des Loges, le terrain d’entraînement des garçons….
Reste l’essentiel : l’argent. Pour que le foot féminin se développe, il faut de l’argent, donc de la visibilité, donc des spectateurs. Les joueuses du PSG ont rassemblé sur leur nom 6 000 personnes au Parc des Princes. L’équipe de France a joué devant 9 000 spectateurs au Havre. Les féminines de l’OL sont très suivies à Lyon – 5 000 spectateurs en moyenne.
Mais il faut aussi séduire les médias. Pour l’instant, seul Direct 8 s’intéresse au foot féminin et retransmet certains matchs de l’équipe de France. L’OLTV retransmet également les matchs des Lyonnaises.
Les autres média, eux, brillent par leur absence. En mars 2009, la FFF lançait une campagne provocatrice pour la promotion du foot féminin : 4 joueuses posant nues et affirmant : « Faut-il en arriver là pour que vous veniez nous voir jouer ? » Mais en juillet 2009, juste après cette campagne, aucun journaliste français – hormis celui de fff.fr – n’était accrédité pour l’Euro 2009 en Finlande, alors que 41 journalistes allemands s’étaient déplacés pour couvrir l’événement… Pas sûr que l’alibi glamour suffise pour changer l’image du foot féminin en France. Et si l’on parlait qualité de jeu, tout simplement ?