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Les chics types sont moins nombreux que les salauds… PDF Imprimer Envoyer
Cafouillage - Écrit par Isabelle Germain - Mardi, 24 Août 2010 09:30   

 

…. C’est le titre que n’ont pas choisi la plupart de vos journaux pour évoquer un sondage aussi inutile que misogyne. Au cœur de l’été, venue d’outre-Atlantique, une étude nous apprend qu’une femme qui gagne plus d’argent que son mari a plus de risque d’être trompée. Tremblez superwomen !  Et vos journaux de reprendre  ce que le sondage prétend révéler.

 


 

Tapez  « salaire » et « infidèle » sur google actualité et, si vous êtes une femme, vous risquez de courir chez votre patron renoncer à la promotion que vous attendiez depuis si longtemps…

L’étude a l’apparence du sérieux. Christin Munsch, chercheuse de l'université de Cornell, qui vient de présenter ses conclusions lors du congrès annuel de l'American Sociological Association, a observé pendant 6 ans 1 024 hommes et 1 559 femmes en couple. Elle est formelle : pour éviter les risques de tromperie, les femmes doivent naviguer très serré. Ramener de l’argent à la maison, mais pas trop.  Les hommes dépendant économiquement de leurs partenaires féminines ont cinq fois plus de chances de les tromper que ceux qui ont des revenus similaires, dit l’étude. Ceux dont les partenaires féminines gagnent 75% de leurs rémunérations ont en revanche le plus de chances d'être fidèles.  Mais attention, viser très en deçà des 75 % ou cesser de travailler ne résout pas le problème. Si Monsieur doit ramener seul la pitance de toute la maisonnée, il va passer plus de temps au travail, voyager, découcher… Donc 75 % !

 

Tous ces chiffres ne présentent bien-sûr aucun intérêt si ce n’est de marteler le message : « Gagner moins d'argent que sa partenaire féminine peut menacer l'identité masculine des hommes en remettant en cause la notion traditionnelle qui les définit comme ceux qui subviennent aux besoins de la famille »… L’enquête aurait pu insister sur le recul, certes lent mais réel, de l’association entre argent et virilité. Car tous les couples dans lesquels madame gagne plus que monsieur ne sombrent pas dans l’infidélité. Elle aurait pu conclure que les couples égalitaires ont une approche différente de la conjugalité. Cette étude aurait pu ne jamais exister et ne jamais faire de gros titres…. Ou être utilisée pour prévenir les femmes : si vous comptez gagner de l’argent, choisissez bien votre mari. Evitez absolument ceux qui doutent de leur virilité au point de devoir gagner plus d’argent que leur femme pour se rassurer. Rien de tout cela dans les titres de vos journaux. Tous, en creux, invitent les femmes à se remettre en question, pas les hommes. Tout est bon pour maintenir artificiellement la domination masculine.

Bien sur, tapis au fond de leurs mâles certitudes, beaucoup objecteront que l’étude est au dessus de tout soupçon puisqu’elle fut dirigée par une femme…  Ceux-là auront omis de lire Pierre Bourdieu qui démontre à merveille comment les dominés adoptent - avec le sourire - le discours des dominants pour mieux être acceptés par eux. Certes, choisir pour titre « les chics types sont moins nombreux que les salauds » n’est pas un scoop, mais surfer sur un stéréotype aussi éculé que l’association gros salaire / grosse virilité n’est pas beaucoup mieux.

 

 

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