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Cafouillage
Mis en ligne le 13/06/10
Ne le cherchez plus en librairie : à peine imprimé, les Editions Classiques Garnier ont décidé de retirer de la vente l’essai Fiction, féminisme et post-modernité. Son auteure, Anne Larue, est inspirée par la Wicca, un mouvement féministe écolo et néopaïen dont la théoricienne Starhawk est la grande sorcière. Elle dénonce le backlash (retour en arrière) du féminisme et la « patriarquie unie ». L’Annuel des idées a demandé un exemplaire au service de presse des éditions Classiques Garnier. En vain : Fiction, féminisme et post-modernité, sous titré Les voies subversives du roman contemporain à grand succès et signé Anne Larue, n’est plus disponible. Et pour cause, l’éditeur a décidé ex abrupto de le retirer de la vente depuis le 25 mai dernier. Un acte radical et rarissime dans l’édition. Nous avons également posté une série de questions aux deux éditeurs concernés, Bernard Franco et Véronique Gély, dirigeants de la collection "Perspectives comparatistes". Ils n’ont pas souhaite répondre pour l’instant. Anne Larue à L’Annuel des idées : « Ce livre est de portée académique, il n’a été tiré qu’à 300 exemplaires. S’ils avaient voulu se débarrasser de ce livre, il aurait mieux valu qu’ils refusent le texte dès la remise du manuscrit, avant de le discuter, de le corriger, de le valider, de l’annoncer, de l’imprimer puis de le mettre en vente. Reste aussi que ce qui se dit sur la Toile ici et là me parait exagéré : nous ne sommes pas dans une censure politique, ils me paraissent trop peu concernés pour ça ». Le travail de cette professeure de littérature comparée à Paris 13, haute en couleurs, et auteure notamment de La Femme se dissout-elle dans l’eau de vaisselle ? (Chiflet & Cie, 2008) repose sur la Wicca. Soit le « féminin sacré symbolique ». Victimes de la « Patriarquie Unie » La wicca, nous explique encore Anne Larue, trouve sa source d’inspiration dans la fiction féminine à consonance mythologique. « Elle est vécue comme une protestation contre l’ambiance masculiniste ordinaire des nos sociétés occidentales, patriarcales depuis 5 000 ans. » L’universitaire étudie donc cette wicca qui a débordé du cercle des initiées et imbibe désormais les industries culturelles. C’est ainsi que le très phobique Da Vinci Code de Dan Brown se trouve « hanté par le tombeau caché de Marie-Madeleine et le contre-pouvoir des femmes ». Conclusion de l’essai : Selon Anne Larue, nous vivons un backlash (retour en arrière) du féminisme. La petite fille des années 2000 a été dressée à penser que « le féminisme est, ou plutôt était, une chose "radicale" qui a commis des "excès". Qu’à présent les femmes sont pour les hommes des égales, et que le féminisme n’a donc plus lieu d’être. » Et de s’insurger sur la mise au ban de la société de pensées considérées comme radicales, d’extrême gauche ou hors normes : « Si la vraie violence était non pas celle des féministes, mais de la Patriarquie Unie ? » Sorcières néo-païennes et madone gauchiste En Europe, la philosophe Isabelle Stengers est la meilleure ambassadrice des "sorcières" wicca. Starhawk, grande madone gauchiste, a été également la correspondante à San Francisco des revues françaises Chimère et Multitude. Credo : « Se définir comme sorcière c’est affirmer le droit des femmes à être puissantes et dangereuses en en faisant les héritières des guérisseurs, des sages-femmes et de toutes les formes de savoir non approuvées par les autorités. C’est cultiver une spiritualité enracinée dans la nature, l’érotisme et la terre. Comment transformer notre impuissance internalisée en pouvoir et créativité collectifs capables de changer un système social injuste ? », déclarait-elle à la revue Ethnopsy (N°4, février 2002). Les sorcières du Wicca présentent leur religion comme un mélange « des traditions spirituelles et thérapeutiques néopaïennes de l’Europe préchrétienne basées sur la terre, et du mouvement féministe qui trouve sa mythologie dans la force des déesses et les images du pouvoir des femmes de ces anciennes traditions. » Nos sorcières sont ainsi très présentes dans les grandes manifestations altermondialiste ou anti-guerre. L’éditeur propriétaire d’un livre qu’il ne veut pas publier Classiques Garnier, vieille maison de littérature et de sciences humaines fondée en 1833, a sans doute tremblé devant sa propre audace. En souhaitant dépoussiérer la marque avec la publication d’essais, la maison de Claude Blum ne s’imaginait peut être pas devoir défendre les convictions des féministes sorcières, dont les textes sont plus volontiers édités par Philippe Pignarre, le fondateur des Editions des Empêcheurs de penser en rond (marque de La Découverte). Après avoir validé le texte d’Anne Larue, l’éditeur a finalement tué le livre de la sorcière en le rendant indisponible. Emmanuel Lemieux, L'annuel des idées LA SELECTION
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Commentaires
www.come4news.com/.../
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J'espère que très vite elle pourra récupérer ses droits, et le faire publier ailleurs! En tout les cas, cette péripétie prouve deux choses, la liberté est muselée, et le féminisme a du mal à passer en travers de la gorge de certains!
Sinon, désolée d'être naïve, mais pourquoi diable censurer ce livre? Quel intérêt de le faire, de dépenser de belles sommes d'argent (à valoir, corrections, impression, mise en place) dans le but direct de ne surtout pas en gagner? C'est un peu suicidaire comme attitude.
J'aimerait vraiment avoir l'explication du côté de l'éditeur, parce que vu d'ici, c'est juste irrationnel!
D'autre part, il existe une pétition pour demander à l'éditeur de re-publier l'ouvrage, sur : www.mesopinions.com/.../
Il est faux de dire qu'Anne Larue est inspirée par la Wicca. Elle parle de la Wicca, ça n'est pas pareil (ça pourrait l'être si on parlait de roman, mais s'agissant d'un essai, il me semble que ça déforme sa pensée). Tout comme elle parle de féminisme et de romans contemporains populaires, dont principalement des romans de fantasy. Alors certes, elle ne cache pas ses sentiments pour le catholicisme patriarcal, et montre plus de sympathie pour les wiccans que pour ceux qui brulèrent des sorcières. N'empêche que cet article contient des contre-vérités. Anne Larue ne dit pas non plus que la wicca s'est inspirée de la fiction, elle dit que la Wicca et la fiction se rejoignent et s'influencent l'une l'autre... Et le backlash n'est pas la conclusion de l'essai, mais son postulat de départ -- enfin, je n'ai pas encore lu la conclusion, mais j'ai lu la première moitié et le backlash est posé dès le départ...
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