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Grands moments de solitude à venir pour les membres féminins du comité de pilotage de la Conférence nationale sur les rythmes scolaires installée hier par Luc Chatel, ministre de l’Éducation. Sur 18 membres de cette commission, 3 femmes. Certes, l’une d’entre elles est « co-président »… Mais dans un monde de l’éducation hautement féminisé, la composition de ce groupe laisse perplexe.
Pire : l’hypothèse de supprimer les cours l’après-midi, évoquée par le ministre, pourrait bien faire reculer la lente marche des femmes vers l’égalité professionnelle. Si une telle disposition devait être adoptée sans prise en charge des enfants par la collectivité l’après-midi, ce serait le retour à la case foyer pour bien des femmes pendant les premières années de scolarité de leurs enfants. Des interruptions fatales à leur déroulement de carrière et à leur employabilité. En Allemagne où ce système existe, les femmes sont face à l’alternative carrière ou enfants. Et celles qui choisissent de faire les deux sont assaillies de discours culpabilisants.
Sans véritable politique de conciliation entre la parentalité et le travail, pour les hommes comme pour les femmes, la question des rythmes scolaires impacte la vie professionnelle des femmes dans la très grande majorité des cas.
Haro sur la féminisation des titres
A l’heure où les politiques rivalisent de coups de menton pour promettre la parité tout en prenant leurs précautions pour ne pas la faire advenir, cette nouvelle commission ne laisse rien augurer de très bon pour l’égalité. Et puis, notons que la présentation des membres de la commission faite par le ministère relève du lapsus très significatif. La liste des membres du comité de pilotage se conjugue entièrement au masculin. Odile Quintin est « ancien directeur général » de l’Éducation et de la Culture à la Commission européenne ; Isabelle Lemesle est président (sans e) du Centre des Monuments nationaux, et Monique Sassier est médiateur (pas médiatrice ?) de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur. Une incongruité : dans les membres associés, qui s’ajoutent à cette liste de 18 noms, Michèle Tabarot est député (sans e) des Alpes-Maritimes et présidente (avec un e !) de la Commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale. Alors qu’en France une circulaire de 1996 prône la féminisation des noms de fonction et des titres, on persiste à féminiser « ouvrière » ou « boulangère », voire « directrice » mais à condition que ce soit directrice d’école. Dès qu’on entre dans les hautes sphères du pouvoir, le masculin domine… Rappelons que le langage trace la frontière de ce qui est légitime et de ce qui ne l’est pas. On voudrait faire comprendre aux femmes qu’elles ne sont pas légitimes dans ces hautes fonctions, on ne s’y prendrait pas autrement. Refoulé macho, le retour.
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