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Civilisation
Mis en ligne le 02/12/11
C'est une histoire qui semble pouvoir illustrer à elle seule la condition des femmes en Afghanistan. Jeudi 1er décembre, le gouvernement afghan annonçait la libération de Gulnaz, emprisonnée pour adultère. En fait, pour avoir été violée, à 19 ans, par le mari de sa cousine. En prison, elle a accouché d'une fille. En deux jours, près de 5 000 personnes avaient signé une pétition pour réclamer sa libération, remise fin novembre au président Karzaï. Le président afghan aurait par ailleurs ordonné de revoir les dossiers de toutes les femmes emprisonnées à Kaboul. Mais cette grâce ne met pas forcément fin au calvaire de Gulnaz : en retournant dans sa famille, la jeune femme va se retrouver confrontée à son violeur. Elle pourrait même l'épouser. C'est ce qu'elle avait confié, depuis sa prison, à la documentariste Clementine Malpas (1) qui a rapporté cette conversation au New York Times. « Je dois épouser mon violeur pour le bien de mon enfant. Je ne veux pas qu'on la traite de bâtarde, ou qu'on s'en prenne à mes frères. Dans notre société, mes frères n'auront plus d'honneur s'il ne m'épouse pas ». Et, selon la tradition, une sœur du violeur devrait, en retour, épouser l'un de ses frères. Un Manifeste et une Déclaration pour la conférence de Bonn Pas de quoi rassurer, donc, celles et ceux qui défendent les droits des femmes en Afghanistan. Surtout à l'heure où, dans la perspective du retrait des troupes américaines, le pouvoir négocie avec les talibans. Lundi 5 décembre, une conférence internationale consacrée à l'avenir du pays s'ouvrira à Bonn. Les droits fondamentaux des femmes doivent rester au cœur des discussions, rappelle le mouvement Negar dans un Manifeste. Et lundi, à Bonn, le Réseau des femmes afghanes (AWN, Afghan Women's Network, ici sur Facebook) dévoilera une Déclaration résultant de rencontres avec 500 femmes 'leaders' dans 20 provinces du pays. L'ONG Oxfam le relevait récemment : certes des progrès, notamment dans le domaine de l'éducation, ont été accomplis depuis l'intervention de l'OTAN en 2001. Mais beaucoup de droits restent à consolider, sinon à obtenir. Selon la mission de l'ONU en Afghanistan (Unama) et la commission des droits de l'Homme des Nations unies, l'accès des Afghanes à la justice s'améliore, notamment grâce à la loi sur ‘l’éradication des violences faites aux femmes’ d'août 2009, qui condamne toutes sortes de violences, viols et pratiques traditionnelles comme les crimes d’honneur ou les mariages de mineures. Mais « le chemin est encore long », souligne le rapport (ici en anglais) de ces organismes, publié en novembre. Cette loi jugée « historique » n'a donné lieu, sur un an, qu'à 101 condamnations sur 2 299 actes de violence relevés. Photo : Isafmedia (armée US) sur Flickr. Des Afghanes se rendent à la choura (conseil) des femmes à Bagram, le 27 avril 2011. Une choura des hommes se tenait séparément. (1) Clementine Malpas avait été chargée par l'Union européenne de réaliser un documentaire sur ces femmes afghanes emprisonnées pour des « fautes morales » : avoir été violées ou avoir fui un mari violent. Gulnaz était l'une des trois femmes qui y témoignaient. Mais, début novembre, l'Union a choisi au dernier moment d'annuler la diffusion du documentaire. Officiellement pour protéger les témoins. Mais surtout pour ne pas froisser les autorités judiciaires afghanes, dénonce la réalisatrice. LA SELECTION
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