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Bien-être Mis en ligne le 25/10/11 I Rédaction par Sandra Franrenet
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Le débat politique autour de la taxation des boissons sucrées a remis en avant les questions sur les risques éventuels de l'aspartame pour la santé. Marianne Buhler, gynécologue, membre du Réseau environnement santé, juge nécessaire de réévaluer la nocivité de cet édulcorant. Entretien.


D'abord, qu’est-ce au juste que l'aspartame ?


Marianne Buhler : Un édulcorant de synthèse ou, pour parler plus simplement, un produit chimique pauvre en calories dont le pouvoir sucrant est environ 200 fois supérieur à celui du saccharose. Rien ne démontre cependant que le recours à l’aspartame ait contribué à faire maigrir quiconque à long terme.

Cet édulcorant est-il dangereux pour la santé ?


Il est difficile de répondre car les études menées aux États-Unis en 1973 et 1974 (1) ayant permis la mise sur le marché de l’aspartame n’ont jamais été publiées. Plusieurs scientifiques américains attestent qu’elles ont été effectuées sans aucune rigueur, ce qui aurait dû conduire à les invalider. En l’absence d’éléments scientifiques permettant de démontrer la nocivité de ce produit, le raisonnement qui sous-tend son autorisation est le suivant : Tant que rien ne démontre que c’est nocif, on ne l’interdit pas. Inutile de dire que nous sommes aux antipodes du principe de précaution. Il faudrait au contraire inverser la charge de la preuve, c’est-à-dire prouver l’innocuité du produit avant d’en autoriser la commercialisation.

Réévaluations en cours

Taxer les sodas 'light', en plus des boissons sucrées ? La semaine dernière, les députés ont dit oui. Mais, à l'issue d'un débat brouillé, il  s'agira de deux taxes bien distinctes. Celle sur les édulcorants de synthèse est une simple taxe « de rendement ». Tandis que celle portant sur les sucres ajoutés est officiellement une « taxe de santé publique », destinée à lutter contre l'obésité.

Entre-temps, le ministre de la Santé s'était prononcé contre une taxe sur l'aspartame, expliquant : « S'il y avait un rapport qui disait clairement : 'cela présente un danger, il faut retirer', je n'hésiterais pas à le faire, mais ce n'est pas le cas ».

Et pour cause : ce rapport, il l'attend...

L'Agence française de sécurité sanitaire (ANSES) et l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) ont toutes deux estimé, au printemps, que les deux récentes études sur les risques possibles des édulcorants artificiels « ne justifient pas une révision des évaluations précédentes ». Mais des études complémentaires sont en cours. Interpellée par le Réseau Environnement Santé, la Commission européenne a demandé à l’EFSA de procéder à une réévaluation complète des risques de l'aspartame et de la DJA d’ici à septembre 2012. Cette réévaluation était prévue initialement pour 2020. L'ANSES y collaborera, et a mis en place de son côté « un groupe de travail chargé d’évaluer les bénéfices et les risques nutritionnels des édulcorants intenses et la nécessité éventuelle d’élaborer des recommandations pour des populations sensibles – parmi lesquelles les femmes enceintes - qui seraient identifiées au cours de ce travail. »

Mais peut-on parler aujourd'hui de risques avérés  ?


Quelqu’un qui boit une canette de soda ‘light’ de temps en temps ne risque tout de même pas sa vie ?


MB : Bien sûr que non, personne n’a dit que l’aspartame était un poison violent ! Mais la question de la dose journalière admissible (DJA) est au cœur du problème. Cette DJA, fixée à 40mg/kg/J, a été fondée à partir des études américaines dont j’ai indiqué qu’elles étaient sujettes à caution. Il est donc indispensable de la réévaluer.

La Stevia, dont on parle beaucoup, est-elle une alternative intéressante à l’aspartame ?


MB : Je crois qu’il faut arrêter de se monter la tête avec cette plante ! Il suffit de regarder la composition de ce qui est vendu dans le commerce pour s’en convaincre : pour 2% de Stevia naturelle, on a 98% de produits chimiques dont on ne sait rien ou presque.

En attendant une nouvelle évaluation de la DJA et d’études confirmant les effets nocifs potentiels de l’aspartame, que pensez-vous de la taxation des boissons ‘light’ ?


MB : Il aurait été aberrant qu’elles ne soient pas soumises au même encadrement que les boissons sucrées. Il faut maintenant enclencher la seconde vitesse : Appliquer la mesure d’étiquetage prônée par la commission Environnement et Santé du Parlement européen, qui vise à avertir les femmes enceintes que cet édulcorant leur est fortement déconseillé, y compris pour celles faisant du diabète gestationnel. Mais au-delà de cette initiative, je pense qu’il est urgent d’entamer une réflexion de fond sur l’éducation alimentaire.

Marianne Buhler est gynécologue, maire-adjointe déléguée à la Santé et au Développement durable à Issy-les-Moulineaux (92), membre du bureau politique de Cap21 et membre du Réseau Environnement Santé (RES).


(1) Études menées par G. D. Searle & Company, groupe industriel américain détenteur du brevet de l'aspartame.

(2) Selon les résultats de cette étude, le risque d’accouchement prématuré pour raison médicale est augmenté de 30% chez les femmes qui boivent une canette par jour et de 80% chez celles qui en boivent quatre.

(3) cf http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20886530


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Commentaires  

 
#1 Lora le Samedi 29 Octobre 2011 à 09:56
Il faudrait aussi que le message des gynécologues soit clair au sujet de l'alcool : abstinence totale pendant la grossesse (et au mieux des 2 parents pour la conception aussi). On peut dire ça chez nous?
 

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